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18/12/2013 09:56 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Le Real Madrid, le Barça et d'autres clubs de foot espagnols dans le collimateur de Bruxelles

Sept clubs de foot espagnols, dont les prestigieux Real Madrid et FC Barcelone, généralement habitués à dominer le football européen, sont dans le collimateur de la Commission européenne qui les soupçonne d'avoir bénéficié d'aides publiques illégales.

"Les clubs de football professionnel devraient financer leurs coûts de fonctionnement et leurs investissements par une bonne gestion financière plutôt qu'aux frais du contribuable", a déclaré mercredi le commissaire chargé de la Concurrence, l'Espagnol Joaquin Almunia, en annonçant l'ouverture d'une "enquête approfondie" contre les sept clubs dont six évoluent en première division.

"Les Etats membres et les pouvoirs publics doivent se conformer aux règles de l'UE en matière d'aides d'Etat dans ce secteur comme dans tous les autres secteurs économiques", a insisté M. Almunia, lui-même supporteur d'un des clubs incriminés, l'Athletic Bilbao.

Les sept clubs visés sont le Real Madrid, le FC Barcelone, l'Athletic Bilbao, Osasuna, FC Valence, le Hercules Alicante et Elche. A l'exception du club d'Alicante, en deuxième division, tous ces clubs évoluent dans l'élite.

Trois enquêtes distinctes ont été ouvertes par la Commission.

Bruxelles cherche d'une part à déterminer si le Real Madrid, le Barça, l'Athletic Bilbao et Osasuna ont bénéficié indûment d'exonérations de charges sociales et de dettes fiscales. Ces quatre clubs appartiennent à leurs "socios" et ne sont donc pas constitués en sociétés anonymes. Cela leur permet notamment de bénéficier d'avantages pour le paiement de l'impôt sur les sociétés (25% au lieu de 30%).

Opérations immobilières au Real

Aucun club n'a réagi mercredi. Lundi, le Barça avait indiqué ne pas comprendre le fondement de la procédure. "Nous n'avons reçu aucune aide publique et on ne peut pas attaquer notre forme juridique d'entité sportive", avait souligné son porte-parole Toni Freixa.

La Commission veut également vérifier la compatibilité des prêts accordés en juillet 2011 par le gouvernement régional de Valence aux clubs de FC Valence, Alicante et Elche, qui s'élèvent à 118 millions d'euros. La région de Valence est l'une des plus endettées du pays avec une dette de 20% de son PIB et un déficit de 4,6% en 2011.

Sont enfin dans le collimateur les opérations immobilières autour de terrains du Real Madrid. Le Real a obtenu un terrain municipal dont la valeur était estimée à environ 600.000 euros en 1998 avant d'être réévaluée à 22,7 millions d'euros en 2011. La Commission soupçonne que sa valeur a été sous-estimée lors de la première transaction.

Contrairement à ce qu'avait annoncé lundi à Bruxelles le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel Garcia-Margallo, la Commission n'a en revanche pas ouvert d'enquête sur les conditions de l'aide publique accordée à l'Athletic Bilbao pour la construction de son nouveau stade.

D'autres clubs européens dans le collimateur

Mais Madrid a annoncé son intention de se battre.

"Le gouvernement entend défendre les clubs jusqu'au bout", a prévenu M. Garcia-Margallo. "Il n'y a rien eu d'illégal (...) mais je m'inquiète du préjudice qui peut être causé aux clubs".

Miguel Cardenal, le président du Conseil supérieur des sports espagnol (CSD), a quant à lui rappelé mardi que "la fiscalité que supportent les clubs de football espagnols (était) beaucoup plus lourde et sensiblement plus importante que celle de leurs homologues, par exemple allemands, anglais, français ou italiens".

"Nous parlons d'établissements qui paient, dans certains cas, plus de 170 millions d'euros" par an.

Si l'enquête jugeait les aides incompatibles avec le droit de l'UE, la commission pourrait en exiger le remboursement. Or, la dette de l'ensemble des clubs espagnols s'élèverait déjà à 3,6 milliards d'euros.

En mars dernier, la Commission avait ouvert une enquête à l'encontre de cinq club néerlandais, dont le PSV Eindhoven, pour déterminer s'ils avaient reçu des financements illégaux de collectivités.

D'autres clubs européens pourraient être à l'avenir dans la ligne de mire de Bruxelles, a mis en garde M. Almunia.

Clubs et pouvoirs publics concernés ont désormais un mois pour apporter leurs explications.

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