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18/12/2013 05:50 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Le pouvoir ukrainien met en garde l'opposition après l'accord "historique" avec Moscou

Le pouvoir ukrainien a affirmé mercredi avoir évité la faillite par son accord avec la Russie et ses 15 milliards de dollars, et a mis en garde contre toute déstabilisation du pays, en proie aux manifestations pro-européennes depuis un mois.

"On ne laissera plus personne déstabiliser la situation", a déclaré le Premier ministre Mykola Azarov en ouvrant le Conseil des ministres, au lendemain de la visite du président Viktor Ianoukovitch à son homologue russe Vladimir Poutine, qui a donné lieu à l'annonce en grande pompe des accords au Kremlin.

Par ces accords, la Russie accorde 15 milliards de dollars à l'Ukraine en achetant ses obligations, abaisse d'un tiers le prix du gaz qu'elle lui livre, au niveau préférentiel des pays de l'ex-URSS qu'elle considère comme partenaires, et lève les obstacles au commerce imposés ces derniers mois.

L'opposition ukrainienne a dénoncé un accord qui a selon elle "mis le pays en gage", devant une manifestation de 50.000 personnes mardi soir à Kiev.

Les Etats-Unis, qui avaient activement soutenu les opposants ces dernières semaines, ont jugé que l'accord ne calmera pas "les inquiétudes de ceux qui se sont rassemblés pour protester dans toute l'Ukraine".

Les leaders d'opposition, dont le boxeur Vitali Klitschko, ont prévu de s'exprimer mercredi dans la journée pour annoncer leurs intentions.

Dans l'immédiat, le Premier ministre Mykola Azarov s'est félicité d'un accord "historique" avec Moscou.

L'accord d'association avec l'Union européenne, en préparation depuis trois ans et auquel Kiev a renoncé fin novembre, "aurait entraîné la faillite et l'effondrement socio-économique", a-t-il déclaré, reprenant les arguments avancés ces dernières semaines par les dirigeants russes pour dissuader l'Ukraine.

bonnes perspectives

A l'inverse, "les accords signés ouvrent de bonnes perspectives à l'économie ukrainienne pour les années à venir", a-t-il ajouté.

Pour signer l'accord d'association avec l'UE, l'Ukraine aurait dû accepter les conditions du Fonds monétaire international telles que la hausse des tarifs du gaz pour les particuliers, la dévaluation de la devise nationale ou le gel des salaires, tout en achetant le gaz russe au prix fort.

Vladimir Poutine a à l'inverse souligné mardi devant les caméras que l'apport de fonds de Moscou n'était lié à aucune condition de ce type.

"Aujourd'hui rien ne menace la stabilité économique et financière en Ukraine", a souligné M. Azarov.

Il a fait peser sur l'opposition, dont certaines forces, issues de la révolution orange pro-occidentale de 2004, étaient au pouvoir avant l'élection de M. Ianoukovitch en 2010, la responsabilité de la situation économique actuelle du pays.

"Le précédent contrat gazier (conclu par le Premier ministre de l'époque Ioulia Timochenko aujourd'hui en prison, ndlr) saignait l'économie ukrainienne depuis trois ans et demi", a-t-il dit.

"Le président a mis un terme à cette trahison des intérêts nationaux, dont sont responsables les mêmes forces politiques qui provoquent aujourd'hui l'instabilité dans le pays", a-t-il poursuivi.

Le parti Batkivschina (la patrie) de Mme Timochenko est une des formations engagées dans le mouvement de protestation qui secoue le pays depuis près de quatre semaines, avec des manifestations de centaines de milliers de personnes.

Les Etats-Unis ont appelé le pouvoir ukrainien à répondre aux attentes des manifestants.

"Nous exhortons le gouvernement ukrainien à écouter ses administrés et à trouver le moyen de rétablir un cheminement vers l'avenir européen pacifique, juste, démocratique et prospère auquel les Ukrainiens aspirent", a déclaré la porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney.

Le nouveau ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a de son côté jugé "révoltante" la manière dont la Russie "a exploité la situation d'urgence économique de l'Ukraine".

Mais il a estimé que les Européens avaient peut-être aussi sous-estimé à la fois la détermination de la Russie à ne pas laisser l'Ukraine s'associer avec l'UE, et le niveau d'aide économique qu'il convenait de proposer à Kiev.

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