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18/12/2013 09:07 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Landry à Mourani : « Ton argumentation est pire que ton geste »

L'amitié entre la députée fédérale d'Ahuntsic, Maria Mourani, et l'ex-premier ministre du Québec Bernard Landry est compromise. À l'émission 24/60, une entrevue avec les deux politiciens a tourné en débat sur le projet de charte des valeurs du gouvernement péquiste et la Charte des droits et libertés canadienne.

M. Landry a déclaré qu'il remettait en question son amitié pour l'ancienne membre du Bloc québécois, qui a décidé de tourner le dos à l'indépendantisme.

« J'ai eu beaucoup d'estime pour Maria Mourani, nous étions même des amis, et je te dis que je n'annule pas de façon définitive cette amitié », a déclaré M. Landry. J'espère que nous nous reparlerons et que nous redévelopperons une sympathie. »

De son côté, Mme Mourani a réitéré son amitié pour M. Landry: « Je tiens à te dire, mon cher Bernard, tu n'étais pas mon ami, tu es toujours mon ami ».

En substance l'ancien premier ministre du Québec a déploré le changement de cap de Mme Mourani, mais plus encore les raisons qu'elle avance pour l'expliquer. « Je trouve ton changement d'orientation extrêmement pénible, mais ton argumentation est pire que ton geste », a lancé l'ex-chef du Parti québécois.

Maria Mourani a expliqué mercredi qu'elle était désormais fédéraliste, et non plus souverainiste, notamment parce qu'elle considère qu'il est important de lutter contre l'exclusion et que, selon elle, le mouvement souverainiste, aujourd'hui, n'est plus inclusif. Elle dit aussi que la Charte des droits et libertés de la personne du Québec protège mal les Québécois de l'exclusion, parce qu'elle peut être modifiée facilement, avec une majorité simple d'un parti à l'Assemblée nationale. Or, le Parti québécois propose justement de la modifier pour y inclure sa charte des valeurs de laïcité. Ainsi, dit-elle, c'est la Charte des droits et libertés canadienne qui peut vraiment protéger les Québécois de l'exclusion.

Bernard Landry n'est pas d'accord. « Ton adulation de la charte de [l'ex-premier ministre du Canada] Trudeau est invraisemblable », a-t-il dit à Maria Mourani, sur le plateau de 24/60, ajoutant que cette Charte canadienne avait été imposée à la nation québécoise contre la volonté de ses élus. « Comment peux-tu être admiratrice, ma chère Maria, de gestes aussi abjects? »

« La majorité canadienne a imposé à la nation québécoise une constitution contre son opinion démocratique réunie », explique M. Landry. « C'est un des gestes odieux des démocraties occidentales. Si Bruxelles changeait les lois européennes contre la volonté de la France ou de l'Allemagne, l'un et l'autre ou les deux foutraient le camp. »

Renvoyant la balle à M. Landry, la députée fédérale lui a demandé comment il pouvait accepter que le Parti québécois fasse « des lois discriminatoires » envers une partie de la population. « Et comment acceptes-tu qu'ils utilisent cela pour préparer leurs prochaines élections? » a-t-elle ajouté.

Bernard Landry dit qu'il est content que le Parti québécois ait décidé de lancer le débat sur la laïcité au Québec, et que la laïcité facilite selon lui l'intégration des immigrants. Il dénonce plutôt la notion de multiculturalisme de la Charte des droits et libertés canadienne. « Les premières victimes de cette notion au Québec sont les communautés culturelle », dit Bernard Landry.

Mme Mourani, qui a à maintes reprises dénoncé le projet de charte du Parti québécois, avance que le gouvernement aurait pu le soumettre aux tribunaux pour en valider la constitutionnalité, comme l'ex-premier ministre canadien Jean Chrétien l'avait déjà fait sur la question du mariage gai.

Le débat a été animé entre les deux politiciens, mais Maria Mourani a déclaré que pour sa part, elle considérait toujours Bernard Landry comme son ami. L'ex-premier ministre a répondu que de son côté, c'était « à voir ».

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