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18/12/2013 08:01 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Centrafrique: la France à la peine pour convaincre ses alliés européens de participer

La France multiplie les déclarations, parfois confuses, sur une participation européenne à l'intervention militaire en Centrafrique, mais aucun de ses alliés ne propose pour l'heure l'envoi de troupes, se bornant à un maigre soutien logistique et financier.

L'envoi de soldats européens en Centrafrique "est fort probable", a encore martelé mercredi le ministre français aux Affaires européennes, Thierry Repentin, assurant que des décisions seront prises jeudi ou vendredi lors d'un sommet européen à Bruxelles.

Il a évoqué une possible participation de 150 militaires belges fin janvier, cité la Grande-Bretagne et l'Allemagne avant de revenir plus tard sur ses propos pour préciser qu'il ne faisait allusion qu'à un soutien logistique de ces deux pays.

Comme au Mali en début d'année, la France est partie seule en Centrafrique dans l'opération visant à mettre un terme au chaos et aux exactions entre milices chrétiennes et musulmanes. Pour le Mali, face à des groupes islamistes armés, un engagement dans l'urgence des seuls militaires français pouvait se comprendre.

Dans le cas de la Centrafrique, plusieurs semaines se sont écoulées entre la volonté d'intervenir et le passage à l'acte. Paris a certes des troupes prépositionnées en Afrique, ce qui facilite une intervention, mais la France est loin d'être seule en Europe à disposer de troupes aguerries capables d'action militaire. La Grande-Bretagne, la Pologne, les Pays-Bas, l'Espagne ou l'Italie pour ne citer que ces Etats en sont pourvus.

Le précédent Eufor au Tchad et en Centrafrique

L'aide de l'Union européenne "est déjà bien réelle" pour la Centrafrique, assure à l'AFP Thierry Repentin. "Une dizaine de pays ont apporté un soutien logistique" et l'UE a mis sur la table 30 millions d'euros pour une aide humanitaire et 50 autres millions pour aider au déploiement de troupes africaines, rappelle-t-il.

"Mais pour le moment, pas de troupes annoncées", admet le ministre. Et quant au fonds européen qu'entend faire créer la France pour financer des opérations de paix urgentes, les alliés européens de Paris y sont, il est vrai, "réticents mais cela ne veut pas dire qu'ils y sont définitivement fermés", fait-il valoir.

Le sujet sera en discussion jeudi et vendredi au sommet européen de Bruxelles. "Ce qui se passe en Afrique concerne l'Europe", ne cessent de clamer depuis des mois les responsables français. "Le terrorisme", "les trafics de drogue" ou "la sécurité maritime" en Afrique sont des sujets pour les Européens et "des échanges" à cet égard auront lieu à Bruxelles avec l'établissement "d'un calendrier de décisions", précise Thierry Repentin.

Ce discours sur un défi commun n'est toutefois guère repris dans d'autres capitales européennes et la France, fer de lance depuis des décennies du développement d'une défense européenne autonome, apparaît toujours très isolée dans sa démarche.

Dans le passé cependant, quelques tentatives pour créer ici un état-major européen, là des unités communes, s'étaient concrétisées.

En 2008-2009, l'Union européenne avait même réussi à organiser une opération militaire européenne de près de 4.000 hommes, baptisée "Eufor", venant de onze pays pour sécuriser des camps de réfugiés au Tchad et déjà en Centrafrique. La France avait joué les précurseurs mais l'engagement européen, avec des troupes au sol, avait été bien réel. Dans les 23 pays au total mobilisés par la mission, des militaires britanniques et allemands figuraient même dans l'état-major de commandement.

Aujourd'hui en Centrafrique, les 1.600 soldats français déployés agissent officiellement "en soutien" de 3.200 militaires africains pour rétablir l'ordre et la sécurité, ainsi que désarmer les milices.

Depuis le déclenchement de l'opération "Sangaris" le 5 décembre, la France déplore deux morts et le risque encouru sur le terrain pourrait aussi expliquer la frilosité politique de ses alliés européens à venir la seconder pour rétablir la paix dans son ancienne colonie.

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