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17/12/2013 05:05 EST | Actualisé 16/02/2014 05:12 EST

HRW appelle Ryad à cesser d'intimider les militants

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a appelé l'Arabie saoudite à cesser d'"intimider" les militants et à se doter d'un code pénal écrit compatible avec les normes des droits de l'Homme, dans un rapport publié mercredi.

L'organisation note que l'Arabie saoudite, une monarchie absolue, avait intensifié sa campagne contre les militants des droits de l'Homme depuis le début du Printemps arabe.

Selon HRW, "le gouvernement saoudien redouble d'efforts depuis début 2011 pour réduire au silence et intimider" ces militants.

Les interdictions de voyage, les licenciements, les campagnes de diffamation, les détentions et les poursuites judiciaires sont autant de mesures d'intimidation, a indiqué HRW estimant que le royaume riche en pétrole craint une contagion du Printemps arabe.

"Les autorités saoudiennes pensent qu'elles peuvent utiliser l'intimidation et les peines de prison pour arrêter la critique, mais les militants trouvent des moyens d'exprimer leurs préoccupations", a déclaré, dans ce rapport, Joe Stork , directeur adjoint de HRW pur le Moyen-Orient.

"Les militants utilisent les nouveaux médias pour pousser leur gouvernement à faire face aux violations rampantes des droits de l'Homme", ajoute-t-il.

Les soulèvements au Moyen-Orient ont encouragé certains Saoudiens à descendre dans la rue, selon HRW.

De petites manifestations ont été organisées par les familles de détenus dans la capitale et ailleurs, alors que les membres de la minorité chiite sont descendus dans la rue dans la province orientale exigeant la fin de "la discrimination institutionnalisée", selon l'organisation des droits de l'Homme.

Des personnalités politiques et religieuses ont fait circuler des pétitions demandant au roi Abdallah de réformer le système judiciaire et de libérer des détenus politiques, a ajouté HRW.

Des campagnes ont été lancées pour l'égalité des sexes appelant les femmes à défier "les pratiques discriminatoires imposées par le système de la tutelle masculine", a poursuivi l'organisation.

Mais les autorités ont "harcelé et emprisonné" Samar Badawi pour ses appels lancés aux femmes à rejeter ce système qui les soumet à une autorisation de leur tuteur pour voyager, faire des affaires et subir certains traitements médicaux, a rappelé HRW.

Des femmes ont mené une campagne pour braver l'interdiction unique au monde qui leur est faite de conduire, et plusieurs militantes ont été arrêtées récemment par la police pour avoir pris le volant.

L'avocat basé à Jeddah (ouest), Walid Abou al-Khair et le militant de la province orientale, Fadhil al-Manasif, sont poursuivis notamment pour "insulte à magistrat" et "atteinte à la réputation du royaume", toujours selon HRW.

Abdallah al-Hamid, Muhammad al-Qahtani, Soulaiman al-Rachoudi et Mikhlif al-Chammari ont été condamnés à des peines de prison "uniquement pour leur militantisme pacifique en faveur de réformes", a encore indiqué HRW.

L'organisation a estimé qu'en l'absence de code pénal écrit, les juges sont "libres de prononcer des verdicts en fonction de leurs propres interprétations" de la charia islamique.

Le royaume doit "adopter des réformes judiciaires", a déclaré HRW en souhaitant un code pénal écrit "compatible avec les normes des droits de l'Homme et qui ne criminalise pas la liberté d'expression et d'association".

Il devrait notamment permettre la formation d'associations indépendantes et la liberté d'expression, y compris sur les réseaux sociaux, selon HRW.

L'organisation a par ailleurs critiqué l'élection de l'Arabie saoudite en novembre au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU estimant qu'elle "envoie un mauvais message aux militants locaux qui font face aux sanctions du gouvernement pour leur action pacifique".

Jeudi, un juge saoudien a condamné le militant Omar al-Said à quatre ans de prison et 300 coups de fouet pour avoir appelé à une monarchie constitutionnelle, ont indiqué des militants saoudiens.

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