«Lise Payette: un peu plus haut, un peu plus loin», l'histoire d'une femme, l'histoire d'un peuple

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LISE PAYETTE
Courtoisie Tele-Quebec

Début septembre dernier. Sophie Thibault se tient à l’avant d’une classe du Cégep Bois-de-Boulogne, à Montréal. Devant elle, des étudiants de deuxième année en sociologie. La chef d’antenne du TVA 22 heures leur lance la question suivante : «Savez-vous qui est Lise Payette?»

Hésitations. Yeux curieux. L’un des cégépiens prend timidement la parole. «Ce n’est pas une des premières femmes à être allée dans l’espace?», hasarde-t-il, confondant l’auteure des Dames de cœur avec Julie Payette. Au bout de quelques minutes, l’évidence s’impose : ces jeunes adultes ignorent complètement qui est la féministe, animatrice, ministre et communicatrice qui a pavé la voie à toutes les générations de femmes qui l’ont suivie.

L’extrait, qui ouvre le documentaire Lise Payette: un peu plus haut, un peu plus loin, que diffusera Télé-Québec le dimanche 12 janvier prochain, et qui sera repris par TVA au printemps 2014, fait grimacer, et en dit long sur l’état de notre mémoire collective, qui semble s’appauvrir avec le temps. Ironiquement, c’est à Madame Payette qu’on doit l’inscription de la devise «Je me souviens» sur les plaques d’immatriculation de nos voitures, l’un de ses legs de l’époque où elle était la ministre responsable des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières dans le gouvernement péquiste de René Lévesque, dans la foulée de l’implantation de la Loi sur l’assurance automobile et de la création de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), une autre de ses réalisations.

C’est un peu pour pallier cette lacune chez les plus jeunes que le réalisateur Jean-Claude Lord et la petite-fille de Lise et fille de Sylvie Payette, Flavie Payette-Renouf, ont voulu tracer un portrait complet, «une sorte de testament», de cette importante figure de notre culture, aujourd’hui âgée de 82 ans. Ensemble, le cinéaste de 70 ans et la jeune femme de 25 ans, qui œuvre au sein de l’équipe de Productions J depuis cinq ans et bosse présentement en tant que réalisatrice en postproduction à La voix, ont donc coréalisé Lise Payette : un peu plus haut, un peu plus loin. Flavie a mené une partie des entrevues avec sa grand-mère, particulièrement celles portant sur la jeunesse et la vie intime de celle-ci. Sophie Thibault s’est chargé du reste des entretiens.

Tour à tour, des personnalités comme Gilles Vigneault, Pauline Marois, Claude Charron, Céline Dion, Jean Bissonnette, Stéphane Laporte et les trois leaders médiatiques de la grève étudiante de 2012, Léo Bureau-Blouin, Gabriel Nadeau-Dubois et Martine Desjardins, échangent aussi avec Lise Payette devant la caméra et témoignent de l’importance de cette femme dans la construction du Québec qu’on connaît aujourd’hui.

Riche passé

D’une durée de 90 minutes, le document n’escamote aucun aspect du parcours de Lise Payette, de sa jeunesse à aujourd’hui : son bagage familial, son mariage avec André Payette, la naissance de ses enfants, son union avec Laurent Bourguignon (dont elle a partagé le quotidien pendant 37 ans et qui est décédé en 2002), ses années à la barre d’Appelez-moi Lise, le Concours du plus bel homme du Canada, qu’elle a orchestré et qui a fait fureur auprès des dames pendant près d’une dizaine d’années, les Fêtes de la Saint-Jean Baptiste de 1975 qu’elle a chapeautées seule, son séjour au sein du cabinet de René Lévesque, la controverse des «Yvette», le référendum de 1980, son retrait de la politique, les téléromans qu’elle a signés, les documentaires qu’elle a produits et la chanson qu’elle a imaginée pour Céline Dion, Je cherche l’ombre, parue sur l’album D’elles, en 2007. Céline revient également sur une entrevue accordée à Lise Payette dans le cadre de l’émission Tête à tête, en 1992; elle lui avait alors confié, en larmes, qu’elle était amoureuse, que son secret était de plus en plus lourd à porter et qu’elle avait hâte de crier ses sentiments sur les toits. On ignorait à ce moment – mais plusieurs l’avaient deviné – que la future star planétaire était éprise de son gérant, René Angélil. Enfin, dans une conversation très intéressante, Lise Payette passe le flambeau de son œuvre à Martine Desjardins, ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui a soulevé les troupes pendant le printemps érable, et en qui l’ex-politicienne se reconnaît.

Très touffu, le documentaire aligne les images d’archives fascinantes, et les anecdotes abondent. On a même droit à du matériel exclusif, comme l’enregistrement d’un discours prononcé par Madame Payette devant une assemblée de femmes, en marge de l’affaire des «Yvette», en 1980. Et saviez-vous que c’est Lise Payette qui est à l’origine des noms de famille doubles, si courants chez les représentants de la génération Y? C’était là l’une de ses revendications lorsqu’elle était ministre de la Condition féminine.

Coproduction

Lise Payette : un peu plus haut, un peu plus loin a été produit conjointement par Productions J et Argus Film, et Télé-Québec et TVA ont aussi allié leurs forces pour permettre que cette biographie unique voie le jour, les coûts d’une telle entreprise étant très élevés. Lundi, au visionnement de presse, Dominique Chaloult et Suzanne Landry, directrices respectives des deux chaînes, ont affirmé que l’expérience était un succès, et que d’autres collaborations pourraient être envisageables dans l’avenir.

Le portrait a mis trois ans à voir le jour. À l’été 2012, on a craint sérieusement pour la vie de Madame Payette, à qui le médecin avait prédit qu’il ne restait que deux jours à vivre. La battante s’est accroché et a peu à peu remonté la pente. «Vous m’avez redonné goût à la vie», a-t-elle confié à Jean-Claude Lord, motivée par ce projet de documentaire qu’elle était heureuse de voir surgir à cette période de son existence. Toutes les entrevues ont été filmées à l’été 2013.

Lise Payette : un peu plus haut, un peu plus loin, le dimanche 12 janvier 2014, à 20h, à Télé-Québec. Une version écourtée sera ensuite présentée en mai à TVA.

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