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16/12/2013 11:56 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Syrie: Alep ensanglantée par des raids, la crise humanitaire s'aggrave

L'armée de l'air syrienne a mené un de ses raids les plus meurtriers, avec 76 personnes dont 28 enfants tués à Alep, des agences internationales mettant en garde contre "la pire crise humanitaire depuis des décennies".

Faute d'un accord de paix, l'ONU s'attend à ce que le nombre de réfugiés syriens double en 2014 et atteigne 4,1 millions. Le conflit a déjà fait plus de 126.000 morts en 33 mois.

L'Unicef a estimé lundi qu'il était "inacceptable que des enfants soient pris pour cible de cette manière" après les raids aériens la veille sur des quartiers rebelles d'Alep.

Un autre enfant a été tué lundi par un obus de mortier près d'une école du quartier d'Alep al-Jadida, tenu par le régime.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et des militants, l'armée utilise dans sa guerre contre les insurgés des "barils d'explosifs" remplis de TNT qu'elle largue à partir d'hélicoptères et d'avions militaires.

Selon des militants d'Alep (nord), l'intensité de ces raids sur la métropole, autrefois important centre économique, a été "sans précédent". Des images publiées sur internet montrent d'importants dégâts dans des immeubles et des bulldozers dégageant des décombres tandis que des hommes cherchaient encore des survivants.

Ces barils d'explosifs "sont largués par les avions militaires sans système de guidage, c'est pour cela qu'ils font un grand nombre de victimes", indique Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.

Il s'agit de barils en métal recouverts à l'intérieur d'une couche de béton et remplis de TNT "pour faire un maximum de destructions et de morts", précise-t-il.

Une source de la sécurité syrienne a réfuté l'utilisation de barils, affirmant à l'AFP que "des bombes ont été larguées sur Alep" et que "toutes les poches terroristes seraient attaquées (...) sans pitié".

Une autre source de la sécurité a néanmoins précisé que l'armée préfère utiliser ces barils au lieu des missiles qui sont plus onéreux car importés de Russie.

Alep est ravagée par la guerre depuis l'été 2012, ses quartiers ouest étant largement aux mains du régime, tandis que ses secteurs est sont contrôlés par les insurgés.

A Soueida (sud), la province à majorité druze relativement épargnée, trois officiers de l'armée ont été tués dans une attaque de rebelles contre un bus militaire.

'Pire crise depuis des décennies'

La Syrie est le plus grand défi humanitaire auquel l'ONU est confronté: elle représente le groupe de population le plus important nécessitant de l'aide humanitaire, suivie par le Yémen, l'Afghanistan, le Soudan et la Centrafrique.

L'ONU a annoncé lundi que ce conflit pourrait pousser 4,1 millions de Syriens à fuir à l'étranger d'ici fin 2014, contre 2,4 millions de réfugiés actuellement.

Et pour venir en aide aux victimes du conflit, les agences de l'ONU ont réclamé à la communauté internationale 6,5 milliards de dollars pour 2014, un montant record pour un seul pays.

Le fardeau des réfugiés pèse de plus en plus sur les pays hôtes voisins de la Syrie: selon l'ONU, plus d'un tiers des réfugiés de la région vivent au Liban, où un habitant sur cinq a fui la guerre en Syrie.

Parallèlement, la moitié des 23 millions d'habitants de Syrie vivent dans "l'insécurité alimentaire", selon le Programme alimentaire mondial (PAM) qui a annoncé son intention de nourrir plus de 7 millions de déplacés et de réfugiés.

"Il s'agit de la pire crise humanitaire survenue depuis des décennies", a affirmé Mouhannad Hadi, coordonnateur de l'aide d'urgence en Syrie du PAM.

Dans ce contexte, le prix du pain a augmenté de plus de 500% en deux ans en Syrie, selon une étude de l'International Rescue Committee (IRC), basé à New York.

"Nous assistons à une catastrophe humanitaire qui n'attire pas l'attention du monde", a estimé le président de l'IRC, David Miliband.

D'autre part, la famille de la militante en vue et défenseur des droits de l'Homme Razan Zeitouneh, prix Sakharov pour la liberté de pensée en 2011 et enlevée la semaine dernière avec son époux et des amis, a appelé à leur libération. L'enlèvement, qui n'a pas été revendiqué, s'est déroulé à Douma, zone proche de Damas contrôlé par les rebelles.

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