POLITIQUE
16/12/2013 08:35 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Ottawa dit non à la bonification des régimes de retraite

PC

Les ministres des Finances des provinces et du gouvernement fédéral, réunis lundi au lac Meech, ne sont pas parvenus à s'entendre sur des changements qui pourraient être apportés aux régimes publics de retraite.

Le gouvernement fédéral ne veut pas s'engager dans la bonification du Régime de pensions du Canada (RPC), ce qui se traduirait par une augmentation de « taxes » pour les contribuables, selon le ministre d'État aux Finances, Kevin Sorenson, qui s'exprimait en conférence de presse, lundi après-midi.

La plupart des provinces, elles, sont pour une hausse des cotisations des employeurs et des travailleurs, mais certains désaccords persistent, notamment sur le moment où les changements devraient entrer en vigueur.

« Il n'y avait pas de consensus concernant un plan en particulier », a soutenu M. Sorenson.

Le ministre Sorenson et le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, ont soutenu que dans un contexte économique toujours fragile, la hausse rapide des cotisations pourrait avoir plus d'effets négatifs que positifs, notamment en obligeant les employeurs à diminuer l'embauche et à réduire les salaires.

Le gouvernement mise toujours sur l'encouragement aux formes personnelles d'épargne, comme le compte d'épargne libre d'impôt (CELI), le régime enregistré d'épargne-retraite (REER) et la mise en place graduelle des régimes volontaires d'épargne-retraite (RVER), pour augmenter le revenu des Canadiens à la retraite.

« En augmentant les cotisations au Régime de pensions, l'employé a moins d'argent dans ses poches, et a donc moins d'argent à mettre de côté », a dit le ministre Flaherty.

« Ça ne sert à rien d'utiliser un bazooka et de répandre de l'argent dans toutes les directions. Il nous faut des solutions ciblées, pour ne pas gaspiller l'argent des contribuables », a-t-il ajouté.

M. Flaherty a aussi dit qu'il lui est impossible de prédire quand le bon moment viendra pour revoir les régimes de retraite. « Faire ce genre de prédictions est un jeu absurde », a-t-il insisté.

Les provinces dénoncent la position du fédéral

En conférence de presse en après-midi, plusieurs provinces ont dénoncé l'attitude du gouvernement fédéral, soutenant qu'il y avait bien un consensus entre les provinces.

« La journée a été surprenante. Je sors de cette journée plutôt déçu. Comme l'ont dit mes collègues, il y avait consensus. Une très forte majorité de provinces était en faveur de la bonification [des régimes publics]. Toutes les provinces étaient favorables à des travaux supplémentaires. Ça montre qu'on a une fédération qui a des problèmes », a dit le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau.

La ministre des Finances du Manitoba, Jennifer Howard, et le ministre ontarien des Finances, Charles Sousa, ont tenu des propos comparables. Le Manitoba a déjà dit être d'accord pour doubler les cotisations au RPC. Le ministre Sousa a affirmé quant à lui que l'Ontario est prêt à mettre sur pied son propre régime de retraite, sans attendre l'accord d'Ottawa.

« Ne rien faire n'est pas une solution et ne donnera pas aux Ontariens la sécurité dont ils ont besoin à la retraite. Il nous faut agir et c'est ce que l'Ontario fera », a-t-il dit.

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Le ministre québécois des Finances avait indiqué plus tôt que le Québec était en faveur de renforcer les régimes publics, soit le RPC et le Régime de rentes du Québec, « dans la mesure où c'est capitalisé et graduel et que le moment choisi est approprié ».

Réactions partagées

Des syndicats et organismes comme le Congrès du travail du Canada, le Syndicat canadien de la fonction publique et la FADOQ ont dénoncé la position d'Ottawa dans ce dossier et réclament la bonification rapide des régimes publics de retraite, pour assurer la sécurité des travailleurs et des retraités.

De son côté, le Conseil du patronat du Québec dit accueillir positivement la décision de ne pas bonifier le RPC et le Régime de rentes du Québec. Il « exhorte les ministres des Finances du Canada, notamment celui du Québec, de ne pas procéder à une telle bonification pour longtemps », peut-on lire dans un communiqué. Selon le Conseil du patronat, la hausse des cotisations à ces régimes viendrait miner la compétitivité des entreprises québécoises.

La question de la bonification des régimes de retraite revient souvent à l'ordre du jour puisque deux tiers des travailleurs au Canada n'ont pas de fonds de pension de leur employeur. Ils devront donc compter sur le régime public de retraite et sur leurs économies personnelles.

Dans plusieurs cas, ce sera insuffisant, explique l'économiste Richard Guay. « Il y a une grappe de la population qui n'a pas de régime de retraite, qui a des revenus décents pendant leur travail, mais n'épargne pas. C'est à peu près 20-25 % de la population », explique-t-il.

Ceux qui gagnent entre 30 000 $ et 80 000 $ par année pourraient voir leur revenu diminuer de moitié à la retraite.

Une retraite loin d'être dorée 

Pendant ce temps, le nombre de retraités qui vivent sous le seuil de la pauvreté augmente au Canada. L'économiste Richard Guay le concède : une bonification des régimes publics de retraite représente tout un dilemme pour les gouvernements. « C'est d'imposer une solution à 100 % des travailleurs parce qu'il y en a 25 % qui n'épargnent pas assez », précise-t-il.

Les prestations publiques comptent pour 39 % du revenu des retraités au Canada. Dans les autres pays de l'OCDE, la moyenne est de 59 %.

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