NOUVELLES
16/12/2013 02:24 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

En privant Simunic du Mondial-2014 pour cris fascistes, la Fifa donne le ton

En privant le Croate Josip Simunic du Mondial-2014 pour avoir fêté la qualification de son équipe par des cris fascistes, la Fifa a donné le ton lundi du durcissement de sa politique de lutte contre le racisme et autres formes de discrimination dans les stades.

La commission de discipline de la Fédération internationale de football (Fifa) a infligé dix matches de suspension au vétéran croate, qui, à 35 ans, doit donc faire une croix sur la Coupe du monde au Brésil (12 juin-13 juillet).

Le 19 novembre, après la victoire 2-0 de la Croatie contre l'Islande, qui envoyait le petit pays des Balkans au Mondial, Simunic s'était emparé d'un micro et avait scandé un cri de ralliement croate utilisé par le mouvement fasciste des Oustachis lors de la Seconde guerre mondiale.

"Pour la patrie" (Za Dom), avait-il crié quatre fois aux supporteurs. "Prêts" (Spremni), avaient répondu ceux-ci.

La commission de discipline "a convenu que ce cri de ralliement était discriminatoire et portait atteinte à la dignité d'un groupe de personnes pour des raisons, entre autres, de race, de religion ou d'origine", a expliqué la Fifa dans un communiqué.

"Après avoir pris en considération toutes les circonstances de l'affaire, et en particulier au vu de la gravité de l'incident, la commission a décidé de suspendre le joueur pour dix matches officiels. Les premiers de ces dix matches devront être purgés durant la phase finale de la Coupe du monde", a précisé la Fédération.

Le joueur du Dinamo Zagreb est non seulement suspendu mais interdit de stade durant ces 10 matches et devra payer en outre une amende de 30.000 francs suisses (24.000 euros).

La fédération croate 'choquée'

Dans son pays, Simunic a été déjà condamné en justice à une amende de 3200 euros. Pour sa défense, le joueur avait assuré qu'il n'avait été motivé que par son "amour du peuple (croate) et de la patrie" et nié toute connotation politique qui serait inspirée "par la haine ou la destruction".

"Ce sont les seules raisons qui, dans un moment d'émotion, m'ont habité et c'est pour cela que j'ai commencé à chanter avec le public", avait expliqué le joueur, dont le geste a été condamné par le président croate, Ivo Josipovic, et le gouvernement.

La Fédération croate de football s'est dite lundi "choquée" par "une sanction aussi draconienne" de la Fifa et laisser entendre qu'elle soutiendrait "un appel probable de son joueur contre cette décision".

Si l'instance dirigeante du football misait sur l'éducation avant tout pour lutter contre le racisme dans les stades, elle a changé de cap ces derniers mois.

"Cela n'a pas de sens de lutter contre le racisme avec des amendes", martèle le président de la Fifa, Sepp Blatter.

Le Suisse a été marqué par la sortie du terrain de Kevin Prince Boateng, lors d'un match amical anodin de l'AC Milan, son club d'alors, contre une petite équipe italienne, parce qu'il était exaspéré d'être insulté.

Ce coup d'éclat a suscité un grand débat dans le monde du football. Dans la foulée, la Fifa a mis en place un groupe de réflexion sur le racisme et adopté lors de son congrès en mai une résolution durcissant les sanctions.

Elle préconise que les clubs subissent un retrait de points ou l'exclusion d'une compétition en cas de récidives ou d'incidents sérieux, tandis que un avertissement, une amende et/ou un match à huis clos soient réservés à des offenses mineures.

Pour un joueur ou un officiel fautif, cinq matches de suspension est désormais le tarif minimal.

stp/jr

PLUS:hp