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15/12/2013 09:13 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

Sigmar Gabriel, l'homme fort des sociaux-démocrates face à Merkel

Sigmar Gabriel, nommé à la tête d'un grand ministère de l'Economie et de l'Energie, a renforcé son autorité sur le Parti social-démocrate (SPD) allemand, qu'il dirige depuis 2009 en négociant avec succès un gouvernement commun avec la conservatrice Angela Merkel.

Nommé vice-chancelier, il sera l'homme fort du SPD au sein du nouvel exécutif issu des législatives du 22 septembre, à la fois collaborateur et principal rival de la chancelière qu'il pourrait défier aux élections de 2017.

"Super chef de parti, super ministre", se félicitait dimanche le grand quotidien de Munich Süddeutsche Zeitung. "Le chef du SPD a fait taire ses critiques", en rassemblant derrière lui une large majorité des militants sociaux-démocrates pour approuver le contrat de gouvernement qu'il a conclu au termes de longues semaines de négociations avec Angela Merkel, soulignait le journal.

En décidant de faire voter la base, il avait pourtant pris un gros risque, mettant en jeu sa carrière politique en cas de résultat négatif.

Il prend également un gros risque en endossant la responsabilité de la transition énergétique de l'Allemagne dans le nouveau gouvernement.

L'ancien ministre de l'Environnement de Mme Merkel dans sa première "grande coalition" entre 2005 et 2009 est persuadé de disposer des compétences pour trouver les solutions aux défis immenses posés par la décision de la chancelière en 2011 d'abandonner le nucléaire.

"Si la transition énergétique n'est pas complètement repensée et enfin dirigée de façon professionnelle, nous serons face au plus grand programme de désindustrialisation de notre histoire", avait-il déclaré en septembre. Son objectif sera d'éviter des hausses de prix insupportables pour les ménages et les entreprises, tout en assurant un essor des énergies renouvelables.

Agé de 54 ans, cet ancien enseignant, étiqueté à la gauche du parti, avait violemment attaqué Mme Merkel, chantre de l'orthodoxie budgétaire, pendant la campagne électorale pour les législatives. Fustigeant le bien-fondé des économies à tous crins pour sauver les pays de la zone euro victimes de la crise, il l'avait comparée à "une tante radine crispée sur son sac à main" ne voulant pas aider ses voisins et l'avait accusée de conduire l'Europe à l'anorexie.

Il a été crédité par les militants de son parti d'avoir imprimé une ligne sociale au contrat de gouvernement conclu fin novembre avec Mme Merkel : salaire minimum horaire de 8,50 euros, amélioration des petites retraites, mécanisme de limitation des hausses de loyer...

Cet homme corpulent, communicatif, est à la fois impulsif et bon orateur.

Il incarne une réorientation du SPD sur des valeurs progressistes, après une traversée du désert consécutive aux réformes sociales impopulaires du chancelier Schröder au début des années 2000.

Lors de son élection à la tête du parti en 2009, il avait tenté de redonner courage à des militants démoralisés après le score désastreux enregistré aux législatives (23%, le moins bon de l'histoire du SPD). "Notre SPD est dans une situation catastrophique", avait-il constaté.

Il avait alors déployé tous ses efforts pour discipliner les troupes, mieux intégrer la base du parti dans les décisions et être plus proche des électeurs. Il a poussé le SPD à plaider en faveur de révisions aux réformes Schröder, imposant un programme très marqué à gauche aux dernières élections.

Cela n'aura pas permis de faire significativement remonter le SPD, qui a enregistré le 22 septembre dernier son deuxième plus faible score de l'histoire avec 25,7% des voix. Mais l'échec a été mis sur le compte du candidat à la chancellerie Peer Steinbrück, auteur d'une campagne ratée.

Né le 12 septembre 1959 à Goslar (nord de l'Allemagne), le président du SPD a eu une enfance compliquée, qu'il a choisi d'exposer au grand jour en publiant en 2012 un livre sur ses relations difficiles avec son père, expulsé de Silésie et nazi convaincu bien après 1945.

Père de deux filles, l'une adulte et l'autre d'un an et demi, née d'un second mariage, Sigmar Gabriel qui a fait des études d'allemand, de sciences politiques et de sociologie, aime le vélo, les voyages et la voile.

bur-aro/sym

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