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15/12/2013 08:42 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

Nouvelle manifestation à Kiev

Environ 200 000 personnes ont défilé dimanche dans le centre de Kiev contre le président Viktor Ianoukovitch, que les chefs de file de l'opposition soupçonnent de vouloir « brader » l'Ukraine en fermant définitivement la porte à une association avec l'Union européenne (UE) pour mieux se rapprocher de la Russie.

Quelques minutes avant le coup d'envoi de cette manifestation, le commissaire européen chargé de l'Élargissement, Stefan Füle, a annoncé sur son compte Twitter avoir informé le gouvernement ukrainien de la suspension des travaux en vue d'un accord d'association et de libre-échange.

Pour Stefan Füle, cette décision est justifiée par le fait que l'engagement du gouvernement ukrainien est « sans consistance
réelle ».

Ses propos incitent à penser que l'UE a perdu patience face aux demandes d'aide financière de Kiev et qu'elle n'entend pas se laisser entraîner dans une bataille de surenchères avec la Russie.

C'est la décision inattendue, le 21 novembre, de Viktor Ianoukovitch de ne pas signer l'accord d'association avec l'UE négocié depuis plusieurs années qui a déclenché un mouvement de protestation massif. Des centaines de personnes occupent désormais jour et nuit la place de l'Indépendance, surnommée Maïdan (La Place), dans le centre de la capitale.

Le mouvement de contestation a encore pris de l'ampleur après l'assaut lancé mercredi par les forces de l'ordre contre des manifestants: limitées initialement aux seules relations avec l'Union européenne et la Russie, les revendications incluent désormais la dénonciation de la corruption et de l'exercice du pouvoir par Viktor Ianoukovitch, en poste depuis quatre ans.

Le chef de l'État doit se rendre mardi à Moscou pour y rencontrer son homologue Vladimir Poutine et sceller des accords d'aide économique qui pourraient inclure une baisse des prix du gaz et des prêts. Une démarche qui, pour ses principaux opposants, reviendrait à repousser définitivement les offres de rapprochement de l'Union européenne.

Ianoukovitch « peut aussi bien rester à Moscou »

L'opposition ukrainienne redoute notamment que la prochaine étape du basculement vers Moscou soit l'adhésion à une union douanière promue par le Kremlin avec la Biélorussie et le Kazakhstan, qu'elle considère comme une tentative de reconstitution de l'Union soviétique.

« Il peut aussi bien rester à Moscou et ne pas revenir à Kiev s'il signe un accord d'union douanière », a déclaré l'ex-ministre de l'Économie Arseni Iatseniouk, lors de la manifestation. « Nous lui réserverons un accueil très chaleureux s'il brade l'Ukraine. »

Pour le dirigeant nationaliste Oleh Tiahnibok, « le Kremlin veut prendre sa revanche sur l'Ukraine, diviser l'Ukraine et la noyer dans le sang. Nous interdisons à ce président de signer avec Moscou quoi que ce soit qui irait à l'encontre des intérêts de l'État ukrainien. »

L'opposition a déjà appelé à une nouvelle manifestation mardi pendant le déplacement de Viktor Ianoukovitch à Moscou.

Plusieurs de ses chefs de file, parmi lesquels Arseni Iatseniouk, Oleh Tiahnibok et l'ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko, leader du parti Oudar, ont rencontré dimanche le sénateur américain John McCain, dernière en date des personnalités politiques occidentales qui ont choisi de se rendre à la place de l'Indépendance.

 « Nous sommes ici pour soutenir votre juste cause, le droit souverain de l'Ukraine à choisir son propre destin librement et en toute indépendance. Et le destin que vous souhaitez se trouve en Europe », a ajouté l'ex-candidat républicain à la Maison-Blanche aux manifestants

Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a reproché aux dirigeants politiques occidentaux leur intrusion « grossière » dans les affaires intérieures de l'Ukraine.

Samedi, des milliers de partisans de Viktor Ianoukovitch avaient défilé dans les rues de la capitale. Une partie d'entre eux étaient arrivés en bus de Donetsk et d'autres villes de l'Est.

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