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15/12/2013 11:54 EST | Actualisé 15/12/2013 11:55 EST

Manifestations à Kiev : opposition et pouvoir mobilisent leurs troupes pour défiler

Reuters

L'opposition pro-européenne a appelé à une nouvelle grande manifestation dimanche 15 décembre sur la place de l'Indépendance à Kiev contre le président Viktor Ianoukovitch à qui elle reproche depuis près d'un mois sa volte-face sur l'intégration européenne au profit de la Russie. En fin d'après-midi, entre 200 000 en 300 000 Ukrainiens été présents à la manifestation.

Désireux de contre-attaquer, le pouvoir organise aussi un rassemblement à quelques centaines de mètres de là, à la même heure - 12h locales - après avoir mobilisé la veille des dizaines de milliers de personnes venues de différentes régions de l'Ukraine en groupes organisés, certains avouant avoir été payés.

"Tous les Ukrainiens doivent aller sur Maïdan"

A l'instar des pro-européens qui ont installé des tentes et des braseros sur la place de l'Indépendance appelée aussi Maïdan et sur l'avenue principale Khrechtchatik, les pro-Ianoukovitch ont renforcé de la même manière leur présence dans le parc Mariinski devant le parlement. "Tous les Ukrainiens doivent aller sur Maïdan", a déclaré le champion du monde de boxe et l'un des leaders de l'opposition Vitali Klitschko.

"Nous avons vu des tentatives de nous intimider qui ont échoué", a-t-il poursuivi, faisant allusion à la dispersion violente d'une manifestation sur Maïdan le 30 novembre qui n'a fait que renforcer la mobilisation et aux tentatives de policiers anti-émeutes de nettoyer cette place dans la nuit de lundi à mardi qui ont été repoussés par l'afflux de manifestants.

Son frère cadet Wladimir, lui aussi champion du monde de boxe, a pour sa part salué le courage des manifestants pro-européens. "Vous êtes mes héros", a-t-il lancé aux manifestants. "J'ai eu beaucoup d'adversaires sur le ring. Je ne voudrais pas avoir un adversaire comme vous, vous êtes imbattables", a-t-il poursuivi.

Ianoukovitch tente un geste de conciliation

Dans un geste de conciliation samedi, le président Ianoukovitch a révoqué deux hauts responsables, dont le maire de Kiev, pour avoir ordonné la dispersion violente de la manifestation du 30 novembre qui a fait des dizaines de blessés dont de nombreux étudiants. L'opposition a jugé cette décision importante, mais "pas suffisante" et réclame la démission du ministre de l'Intérieur Vitali Zakhartchenko et du Premier ministre Mykola Azarov.

La manifestation de dimanche a aussi pour but de faire pression sur le président Viktor Ianoukovitch qui se rend en Russie mardi pour renforcer la coopération économique avec Moscou. Malgré les démentis des autorités, l'opposition affirme que M. Ianoukovitch va "vendre l'Ukraine à la Russie" en concluant des accords en vue de l'adhésion de Kiev à l'Union douanière d'ex-républiques soviétiques menée par Moscou.

"Une effusion de sang à Kiev"

Jeudi, le président russe Vladimir Poutine, accusé par les Européens de pressions sur Kiev, avait vanté les "intérêts économiques réels" d'une entrée de l'Ukraine, en récession et au bord de la faillite, dans l'Union douanière. Selon les experts, Kiev pourrait obtenir rapidement une baisse des prix du gaz voire un crédit. En pleine crise économique et politique, l'Ukraine, ex-république soviétique de 46 millions d'habitants aux portes de l'UE, se retrouve de nouveau tiraillée entre Moscou et l'Occident.

"Nos voisins russes tentent de mettre en oeuvre un scénario selon lequel l'Ukraine fera partie de l'Union douanière. Cette voie mènera à une effusion de sang à Kiev", a lancé samedi Arseni Iatseniouk, l'un des chefs de file de l'opposition. Forte du soutien des Européens et surtout des Etats-Unis, l'opposition ukrainienne a appelé à la retenue les dirigeants russes "qui évaluent mal la situation en Ukraine".

Arseni Iatseniouk réagissait à la déclaration samedi du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov selon lequel le mouvement de protestation était l'oeuvre de "provocateurs". Jeudi, l'UE, à l'issue de négociations avec une délégation ukrainienne à Bruxelles, avait demandé aux autorités ukrainiennes de s'engager "clairement" sur la voie européenne, promettant un soutien financier "à la hauteur de ses ambitions".

Les Etats-Unis ont déclaré cette semaine réfléchir à d'éventuelles sanctions contre des responsables ukrainiens à la lumière de la répression contre l'opposition pour laquelle Washington a clairement pris parti.

À Paris, 400 personnes se rassemblent en soutien

Près de 400 personnes étaient rassemblées dimanche vers midi à Paris en soutien à la manifestation de masse qui se tenait au même moment à Kiev contre le président Viktor Ianoukovitch et son choix de privilégier un rapprochement avec la Russie au détriment d'une intégration européenne.

Portant des drapeaux ukrainiens et européens, les manifestants étaient déployés sur le parvis des Droits de l'Homme (XVIe), en face de la Tour Eiffel, avec sur leur manteau un autocollant avec les mots: "Je ne ferme pas ma porte d'Européen aux démocrates ukrainiens", a constaté un journaliste de l'AFP.

Un drapeau jaune et bleu sur les épaules, Dimitri, un Ukrainien de 41 ans en France depuis 10 ans, s'est dit "très inquiet de la situation et très admiratif de la mobilisation en Ukraine". Des orateurs ont pris la parole pour demander la "libération des prisonniers politiques et une justice impartiale".

Selon Quentin Guillemain, porte-parole du rassemblement, quelque 150.000 Ukrainiens résident en France.

Les barricades de Kiev

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