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15/12/2013 08:48 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

L'Irlande sort du plan d'aide mais les célébrations attendront

L'Irlande est devenue officiellement dimanche le premier pays de la zone euro sous assistance financière à s'affranchir de l'aide de ses partenaires, mais l'heure n'était pas à la fête dans ce pays où l'austérité perdure.

Ce pays de 4,6 millions d'habitants retrouve une indépendance économique et financière après avoir dû recourir à un plan d'aide international de 85 milliards d'euros en 2010, quand l'explosion de la bulle immobilière a ravagé son secteur bancaire.

L'Irlande, qui a reçu ses dernières tranches d'aide de la zone euro et du Fonds monétaire international (FMI) cette semaine, fait ainsi figure d'exemple pour les trois autres Etats européens sous assistance financière : Chypre, la Grèce et le Portugal.

Seul événément marquant prévu à l'occasion de cette journée symbolique, le Premier ministre Enda Kenny devait faire une allocution télévisée vers 21h30 GMT.

Le chef du gouvernement, arrivé au pouvoir en 2011 avec la lourde tâche de redresser l'ancien "tigre celtique" plongé dans la crise, s'est réjoui cette semaine de voir la "crédibilité" de l'Irlande restaurée sur la scène internationale.

Mais il doit désormais s'adresser à une population durement éprouvée par les hausses d'impôts et les réformes imposées dans le cadre du plan d'aide de la troïka -Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI-.

Avant cette intervention, le ministre des Transports et du Tourisme, Leo Varadkar, a rendu hommage "aux sacrifices et à la détermination des Irlandais", qui ont permis au pays de se "remettre en selle".

"Nous sommes dans une position bien plus favorable désormais que les autres pays européens sous assistance et que beaucoup d'autres qui ne le sont pas", a-t-il affirmé sur la radio RTE, tout en reconnaissant que le pays avait "encore des faiblesses", comme le chômage et l'endettement.

Le pays, de retour sur les marchés, emprunte à des taux convenables, inférieurs à ceux de l'Italie et de l'Espagne. Mais la croissance est en dents de scie, le taux de chômage reste élevé (12,8%) et la demande intérieure déprimée.

Et le secteur bancaire, bien que réformé, continue à présenter des risques, selon les analystes.

Le FMI, tout en saluant la mise en oeuvre "sans relâche" du programme de réformes par les autorités de Dublin en annonçant un treizième et dernier versement de 650 millions d'euros vendredi, a ainsi souligné que l'Irlande était "encore confrontée à d'importants défis".

L'Irish Sunday Times soulignait dans son éditorial que la sortie du plan d'aide "ne signifie pas la fin des problèmes" du pays. "Comme pour un patient qui sort de soins intensifs, cela peut prendre du temps avant de recouvrer une pleine santé", juge le journal.

L'événement est d'ailleurs loin de susciter l'enthousiasme de la population, à en croire un sondage en ligne du site d'informations TheJournal.ie dimanche : seuls 6% des 2.500 participants à cette enquête se disaient "plus heureux aujourd'hui".

Aucune manifestation contre l'austérité significative n'était pour autant organisée dimanche dans ce pays, qui n'a pas connu ces trois dernières années de mouvement de protestation d'ampleur comme en Grèce.

Signe d'un fort malaise pourtant, les Irlandais émigrent massivement, avec près de 90.000 départs chaque année. Plus d'un quart de la population a été touché par le départ d'un proche et la moitié des 18-24 ans envisagent d'émigrer, selon l'organisation de jeunesse NYCI.

Le gouvernement, qui doit annoncer la semaine prochaine ses intentions pour l'après-plan d'aide, n'a pas caché que les mesures d'austérité allaient se poursuivre. "Nous devons continuer le même genre de politique car le déficit est trop élevé", a averti le ministre des Finances, Michael Noonan.

Après un nouveau budget difficile l'année prochaine, les mesures d'austérité devraient toutefois s'adoucir avant 2016, à temps pour les prochaines élections générales, selon l'Irish Independent.

Malgré les ombres au tableau, le gouvernement a choisi de sortir du plan d'aide sans filet, renonçant à demander à ses partenaires internationaux une ligne de crédit par précaution.

La Commission européenne continuera toutefois de surveiller de près les progrès de l'Irlande jusqu'à ce que 75% des aides soient remboursées.

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