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15/12/2013 07:08 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

Le destin de Mandela encourage l'arme du boycott dans le conflit israélo-palestinien

La série de succès enregistrée par la campagne de boycott des colonies en territoire palestinien stimule les appels à des sanctions contre Israël similaires à celles qui ont précipité la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, selon des analystes et des militants.

Un éditorialiste du quotidien israélien Haaretz égrène cette semaine avec inquiétude les dernières initiatives ciblant la colonisation.

"La compagnie d'eau néerlandaise Vitens a coupé ses liens avec son partenaire israélien Mekorot, la plus grande Eglise protestante du Canada a décidé de boycotter trois entreprises israéliennes, le gouvernement roumain a refusé d'envoyer davantage d'ouvriers du bâtiment, et l'Association d'études américaines vote sur la rupture des relations avec les universités israéliennes", énumère-t-il.

Cette avalanche se produit quelques mois à peine après l'adoption par l'Union européenne (UE) de "lignes directrices" excluant de sa coopération les institutions et entreprises israéliennes ayant des activités dans les territoires occupés.

"L'avertissement est devenu encore plus clair et plus brutal après la mort de Nelson Mandela", qui a réveillé la mémoire "de la collaboration d'Israël avec le régime d'apartheid et fourni de précieuses munitions à ceux qui voudraient les mettre sur le même plan", souligne le chroniqueur.

"L'analogie pourrait alimenter la conviction qu'Israël aujourd'hui peut être mis à genoux de la même manière que l'Afrique du Sud hier", prévient-il.

Si les critiques d'Israël n'assimilent pas tous la situation dans les Territoires occupés à l'apartheid, ils recensent bien des points communs, en particulier en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où Israéliens et Palestiniens ne bénéficient pas des mêmes droits.

"Malgré les différences évidentes entre l'Afrique du Sud de l'apartheid et le régime pyramidal d'oppression israélien, il y a de nombreux airs de famille. La domination d'Israël sur les Palestiniens constitue une occupation, une colonisation et un apartheid", déclare à l'AFP Omar Barghouti, membre fondateur du mouvement BDS ("Boycott, désinvestissement, sanctions") dans les Territoires palestiniens.

"Indépendamment de la définition du régime d'oppression israélien, une des principales leçons que nous avons tirées de Mandela et de nos camarades sud-africains est que la résistance interne doit s'accompagner d'une solidarité internationale continue, en particulier sous la forme d'un mouvement BDS, pour isoler l'Etat oppressif et le forcer à respecter ses obligations", explique M. Barghouti.

"Perte de légitimité"

Le président palestinien Mahmoud Abbas, interrogé cette semaine par les médias sud-africains lors des funérailles de Mandela, a rejeté un boycott généralisé d'Israël, mais réitéré son appel à boycotter les colonies et leurs produits.

Le commentateur politique palestinien Daoud Kuttab reconnaît à M. Abbas le mérite de la cohérence sur ce sujet, mais lui reproche d'avoir "placé tous ses oeufs dans le panier des négociations".

En cas d'échec, les dirigeants palestiniens "comptent utiliser des moyens diplomatiques tels qu'adhérer aux agences de l'ONU, plutôt qu'une véritable lutte non violente à l'intérieur et à l'extérieur de la Palestine", regrette Daoud Kuttab sur le site Al-Monitor.

Selon des sources politiques israéliennes citées vendredi par le quotidien Maariv, l'UE se prépare à imposer au printemps un étiquetage distinctif des produits des colonies exportés en Europe.

Le 3 décembre, une notification publiée sur un site gouvernemental britannique signalait aux investisseurs que "les citoyens et entreprises de l'UE doivent être conscients des conséquences potentielles sur leur réputation d'une implication dans les activités économiques et financières des colonies ainsi que des possibles violations de droits individuels".

Un autre analyste de Haaretz considère que l'absence remarquée des dirigeants israéliens lors de l'hommage à Mandela "n'était pas un accident", jugeant inconcevable de "laisser Israël non représenté au sommet moral mondial".

"Le danger qui menace Israël est la perte de légitimité", écrit-il: "Pour survivre dans un Moyen-Orient difficile, nous avons besoin du soutien de l'Occident".

Le vice-président américain Joe Biden a lui aussi confié sa préoccupation face à cet isolement croissant, affirmant le 10 décembre n'avoir "jamais vu en 40 ans un tel effort de délégitimation d'Israël", selon lui "la plus grave menace à la sécurité et à la viabilité d'Israël".

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