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14/12/2013 05:30 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Mehdi Jomaâ, un ingénieur discret pour diriger le gouvernement tunisien

Mehdi Jomaâ, qui a présenté dimanche son gouvernement d'indépendants pour conduire la Tunisie vers des élections et la stabiliser, dispose d'une solide expérience dans le monde des affaires mais est un nouveau venu sur la scène politique.

Choisi le 14 décembre par la classe politique à l'issue de longues négociations, M. Jomaâ n'a été chargé de former le cabinet que début janvier, en raison de controverses entre les islamistes du parti Ennahda, majoritaires, et leurs détracteurs.

Depuis six semaines, ce ministre sortant de l'Industrie a dès lors limité au strict minimum les apparitions et déclarations publiques, alors que la vie politique est minée par le climat de méfiance régnant entre les acteurs.

Signe des difficultés, il a échoué une première fois à présenter son cabinet samedi soir avant de lever les derniers blocages dimanche.

Dans cette atmosphère de défiance, face à l'essor d'une mouvance jihadiste armée et de profonds problèmes économiques et sociaux, déjà au coeur de la révolution de 2011, M. Jomaâ prévenait le jour de sa nomination qu'il n'allait "pas faire de miracles".

Cet ingénieur au physique robuste et sans appartenance partisane déclarée a été formé par l'Ecole nationale d'ingénieurs de Tunis dont il est sorti en 1988 avant d'obtenir un diplôme supérieur de mécanique (DEA).

Il entame alors une carrière dans le privé qui l'amènera au poste de directeur d'une division d'Hutchinson, une filiale du géant français Total spécialisée dans l'aérospatiale et dont les principaux clients sont des groupes tels EADS, Airbus et Eurocopter.

Après la démission du gouvernement dirigé par l'islamiste Hamadi Jebali à la suite de l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd en février dernier, son successeur Ali Larayedh fait appel à lui pour diriger le ministère de l'Industrie.

Loin du terrain miné de la politique

Âgé de 51 ans et père de cinq enfants, M. Jomaâ n'a jamais été actif en politique sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de janvier 2011.

Depuis sa nomination au ministère de l'Industrie, il ne s'est pas engagé sur le terrain miné des batailles qui déchirent la classe politique, s'exprimant publiquement uniquement sur son domaine de compétence.

Il a ainsi beaucoup milité auprès des entreprises et des décideurs européens de passage pour de nouveaux investissements afin d'aider à rebâtir l'économie tunisienne, alors que le chômage reste endémique, un facteur clé du soulèvement de 2011.

Il s'était aussi prononcé fin 2013 pour des réformes fiscales très impopulaires en Tunisie. Une série de nouvelles taxes qui a d'ailleurs déclenché des violences à travers le pays ont été suspendues courant janvier, mais il reviendra à M. Jomaâ de décider de les réinstaurer ou non, alors que l'Etat manque cruellement de moyens.

"C'est quelqu'un de compétent, qui sait écouter, décider. Il ne se laisse pas influencer et n'a pas froid aux yeux", estime, laudateur, Mohamed Bennour, représentant du parti de gauche Ettakatol, allié à Ennahda.

D'autres partis se montrent beaucoup plus méfiants et mettent en avant son manque d'expérience.

"Mehdi Jomaâ était un inconnu sur la scène politique. Nous considérons que son expérience est limitée pour assurer de telles responsabilités. Mais c'est un technocrate, ça joue en sa faveur", relève Issam Chebbi, du Parti républicain.

M. Jomaâ est particulièrement attendu dans le domaine sécuritaire, dossier clé depuis la révolution en raison de l'essor de groupes jihadistes armés responsables, selon les autorités, d'un nombre grandissant d'attaques.

S'il devient Premier ministre, c'est d'ailleurs à la faveur d'une crise politique profonde déclenchée le 25 juillet dernier par l'assassinat de l'opposant Mohamed Brahmi, attribué à un groupe islamiste armé mais jamais vraiment élucidé, tout comme le meurtre, dans des conditions similaires, d'un autre opposant, Chokri Belaïd en février 2013.

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