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14/12/2013 04:12 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Maghreb: des ONG tentent d'unir leur force contre "l'exclusion des mères célibataires"

Des milliers de mères célibataires sont victimes chaque année d'exclusion sociale au Maghreb en raison du poids des conservatismes, ont affirmé des responsables d'associations appelant à travailler ensemble pour leur réinsertion lors d'un colloque régional inédit au Maroc.

"Dans les sociétés maghrébines, les mères célibataires --et leurs enfants-- souffrent d'une forte et persistante condamnation sociale", ont fait valoir les organisateurs de ce séminaire qui s'est tenu jeudi et vendredi à Casablanca, la capitale économique du royaume, en présence d'une centaine de participants.

Dans ce contexte "impitoyable, des mères sont amenées à abandonner leur enfant, souvent de manière illégale et dans des conditions tragiques, voire à commettre des actes d'homicide", ont-ils alerté.

Organisé pour "créer les conditions d'échange d'expériences entre les acteurs publics et associatifs" maghrébins, le colloque a notamment été l'occasion de "confronter les résultats" de récentes enquêtes effectuées au Maroc, en Tunisie et en Algérie, a noté l'une des organisatrices, Sara Soujar.

Sur la seule année 2009, "il y a eu plus de 127.000 naissances hors mariage au Maroc, et ce chiffre augmente de 2,5% chaque année", a ainsi fait valoir auprès de l'AFP le président de l'association marocaine Insaf, Omar el Kindi.

L'exclusion sociale dont sont victimes les mères célibataires est en grande partie liée au poids du conservatisme religieux et des traditions, a-t-il ajouté.

Au Maroc, malgré l'adoption en 2011 d'une nouvelle Constitution dans le contexte du Printemps arabe et l'annonce d'un "processus de réformes", les relations extra-conjugales restent interdites.

En Tunisie, où les droits des femmes sont pourtant considérés comme en avance par rapport au reste de la région, "la maternité hors mariage reste frappée d'un tabou multidimensionnel --éthique, politique et théologique--", indique l'enquête réalisée en juillet dernier par des associations locales.

Dans ce pays, "les mères célibataires n'ont pas d'existence juridique" et, dans le cercle privé, l'attitude des familles oscille toujours "entre rejet et acceptation", relève-t-elle.

"Ni pitié, ni pardon"

En Algérie, où à peine plus de 12.000 naissances hors mariage ont été officiellement enregistrées en 2012, "un consensus général" veut que les mères célibataires ne fassent l'objet "ni de pitié, ni de pardon", d'après l'étude de la dizaine d'ONG algériennes.

Parfois, la famille "oblige la mère à abandonner son bébé pour réparer le tort causé à l'+honneur+ familial, et surtout comme condition sine qua non pour sa réintégration".

La "mobilisation collective est d'autant plus importante que des risques et des menaces pèsent lourdement sur le respect du droit des femmes dans le contexte politique actuel", a pour sa part estimé l'Insaf dans son plaidoyer en faveur d'un "réseau maghrébin" sur ce dossier.

"D'autres séminaires suivront" pour permettre notamment de "finaliser un plan de sensibilisation", a assuré cette association.

Alors que des ateliers thématiques ont été organisés, sur l'accompagnement médico-psychologique, le conseil juridique ou encore le travail de médiation, les échanges ont aussi permis de dresser le profil type de la mère célibataire au Maghreb, plutôt "urbaine, dans une situation sociale précaire et d'un faible niveau d'instruction".

En conséquence, s'il existe une "évolution positive des mentalités chez certains opérateurs (police, structures hospitalières et sanitaires), la mère célibataire constitue une des catégories sociales les plus exposées à la promiscuité et aux risques de violences", a résumé l'Insaf.

Au Maroc, un projet de loi contre les violences faites aux femmes est actuellement à l'étude et fait l'objet de vifs débats entre le gouvernement et la société civile. Dans sa version initiale, il prévoyait des peines allant jusqu'à 25 ans de prison pour leurs auteurs.

Les défenseurs des droits des femmes du royaume s'appuient dans leur combat sur la nouvelle Constitution de 2011, qui consacre "l'égalité des droits" et exhorte l'Etat à "oeuvrer pour la parité".

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