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14/12/2013 07:29 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Centrafrique: une tension extrême règne à Bangui, malgré les appels au calme

Une tension extrême régnait samedi à Bangui, où un musulman a été tué à coups de machette, en dépit des appels de l'ONU et d'autorités locales à mettre un terme aux massacres inter-religieux.

Dans la capitale centrafricaine, un musulman à moto a été lynché, tué à coups de machette par des habitants dans le quartier Combattant, près de l'aéroport, selon des témoignages recueillis par l'AFP. Quelques instants plus tard, des gens brandissaient les mains coupées de la victime, a constaté un journaliste de l'AFP.

Un deuxième homme a été blessé et a pu trouver refuge à la base française toute proche.

Dans un "message radiophonique adressé au peuple" centrafricain dans la nuit, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé "aux dirigeants religieux et aux responsables locaux - qu'ils soient musulmans ou chrétiens - de se faire messagers de la paix". "L'effusion de sang doit cesser".

"Ne laissez pas ceux qui prêchent la haine diviser ce qui était uni. Quels que soient votre confession ou votre milieu d'origine, vous partagez la même histoire et le même avenir", a-t-il ajouté.

Les tueries entre chrétiens et musulmans ont fait "plus de 600 morts" en une semaine en Centrafrique, et 160.000 déplacés rien qu'à Bangui, selon l'ONU.

Le nombre des victimes dans le reste du pays n'est pas connu. Une agence de l'ONU a fait état vendredi du massacre de 27 musulmans dans un village de l'ouest du pays.

Jusqu'à l'arrivée au pouvoir de la rébellion Séléka - majoritairement composée de musulmans - en mars 2013, chrétiens et musulmans vivaient en bonne entente dans ce pays de 4,5 millions d'habitants, chrétiens à 80%.

"La question n'est pas de savoir si on peut se réconcilier, on doit le faire, un point c'est tout", a affirmé samedi à l'AFP Crépin Mboli-Goumba, ministre de l'Equipement. "Il faut réagir vite. C'est la priorité", a-t-il ajouté.

Les autorités religieuses des communautés chrétiennes et musulmanes multiplient les appels au calme et tentent de lancer des opérations communes, des dons de nourriture ou des cérémonies religieuses avec la présence de membres de l'autre communauté.

Mais elles ne sont pas toujours bien accueillies. Un jeune musulman sous couvert de l'anonymat a affirmé à l'AFP que des représentants religieux pourtant invités par des pasteurs et prêtres ont été refoulés par les chrétiens à Notre-Dame-de-Fatima jeudi.

Le président du Comité islamique de Centrafrique (Cica), l'imam Oumar Kobin Layama de la mosquée de Combattant où a été tué le musulman dans la matinée, regrette ce lynchage: "Ce sont des musulmans innocents qui paient le prix. Cela fait du mécontentement au PK-5 (le quartier musulman commerçant). Surtout parmi les jeunes".

"Nous appelons à l'apaisement. Il ne faut pas que le pays s'enflamme. Nous disons: c'est la parole de Dieu, il faut se contenir. Il ne faut pas rendre la vengance par la vengeance", poursuit l'imam qui s'est réuni dans la matinée avec des leaders chrétiens.

"Nous menons des campagnes de sensibilisation, surtout pour les jeunes. Il faut défendre les droits humains", explique-t-il.

A Bangui, les soldats français et ceux de la force africaine multiplient les patrouilles et poursuivent leurs opérations de désarmement, qui visent principalement les ex-combattants de la Séléka, accusés d'innombrables exactions par les habitants.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, en visite vendredi matin à Bangui, a affirmé que les 1.600 soldats français déployés dans le pays, accusés par la communauté musulmane de faire le jeu des chrétiens, étaient "impartiaux" et "le seront jusqu'au bout".

Environ 160.000 personnes déplacées, réparties autour de l'aéroport, dans les églises et les mosquées, continuent à vivre dans des conditions difficiles et n'ont pas encore assez confiance pour rentrer dans leurs quartiers, craignant des violences de part et d'autres. Samedi, la distribution alimentaire pour les 45.000 déplacés de l'aéroport a dû être arrêtée en raison de la présence de dizaines d'hommes armés de machettes. "La sécurité n'était plus assurée", de sources concordantes.

Dans la capitale centrafricaine, la vie quotidienne reprenait timidement samedi, dans un climat plombé par la peur.

Les taxis, seul moyen de transport, ont recommencé à circuler sans atteindre le flot d'une journée normale. Beaucoup d'échoppes sont ouvertes au marché Petevo du 6e arrondissement mais la crise et les difficultés d'approvisionnement pèsent sur les prix. Ainsi le prix de la baguette de pain est resté à 100 francs CFA (15 centimes) mais elle a perdu en poids.

"Les gens n'achètent pas beaucoup. Ils ont peur de sortir et l'argent ne circule pas", raconte Giscard Kouzoundou.

La France va demander la création d'un fonds européen destiné à financer les interventions d'urgence dans les pays en crise lors du Conseil européen des 19-20 décembre, afin de ne pas supporter seule le poids d'une facture qui risque d'être lourde.

pgf/de/jmc

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