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13/12/2013 08:20 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Ukraine: les Européens parient sur le dialogue

L'Union européenne est engagée dans un exercice d'équilibriste vis-à-vis de l'Ukraine, soucieuse de maintenir la porte ouverte tout en restant ferme face à un pouvoir ukrainien qui multiplie les messages contradictoires.

"La situation est compliquée", a résumé un responsable européen en commentant les derniers évènements alors que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov est attendu lundi à Bruxelles.

"Nous essayons actuellement d'y voir un peu plus clair dans les intentions du pouvoir" ukrainien, a-t-il ajouté.

Pour cela, la priorité de l'UE est de maintenir un "dialogue continu" avec Kiev, où se succèdent des responsables politiques des 28 Etats de l'UE, qu'ils soient ministres ou députés du Parlement européen. Le vice-ministre ukrainien, Serhiy Arbuzov, a également été reçu jeudi à Bruxelles, où il a affirmé que son pays signerait "prochainement" l'accord d'association avec l'UE.

Mais, dans le même temps, le président Viktor Ianoukovitch préparait une visite à Moscou, prévue le 17 décembre, où il pourrait sceller l'entrée de son pays dans l'Union douanière formée par la Russie et des ex-républiques soviétiques.

"L'UE fait face à un dilemme", observe Jan Techau, expert au centre de réflexion Carnegie Europe. Face aux pressions exercées par Moscou sur Kiev, "elle doit maintenir l'accord d'association sur la table, mais le rendre plus attirant en augmentant les bénéfices", notamment financiers, pour convaincre l'Ukraine.

Le commissaire européen chargé de l'Elargissement et de la Politique de voisinage, Stefan Füle, a ainsi promis jeudi que le soutien financier de l'UE serait "à la hauteur des ambitions de l'Ukraine".

Mais il s'est refusé à fournir des chiffres, alors que le Premier ministre ukrainien avait demandé la veille à l'UE une aide de 20 milliards d'euros, un montant important dans le contexte financier tendu des pays européens.

L'UE "mal équipée" face à la Russie

Ces questions seront débattues lundi à Bruxelles par les ministres des Affaires étrangères de l'UE, qui accueilleront leur homologue russe, Sergueï Lavrov. Trois jours plus tard, elles pourraient bousculer l'ordre du jour du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement.

Face à M. Lavrov, les 28 "vont dire ce qu'ils ont à dire à la Russie" sur la question ukrainienne, a précisé un haut responsable européen. Ce "sera un message de fermeté" mais "nous ne cherchons pas la confrontation", a-t-il ajouté.

Cet exercice est difficile car le président russe Vladimir Poutine a fait de la crise ukrainienne "un enjeu géopolitique", selon Jan Techau. Or l'UE, adepte de la négociation, "est mal équipée pour jouer sur ce registre et ne sait pas comment y répondre".

De fait, les dirigeants européens ont jusqu'à présent réagi avec une plus grande modération que les Américains après la répression policière contre les manifestants de Maïdan, la place de l'Indépendance. Aucun d'entre eux n'est allé aussi loin que le secrétaire d'Etat John Kerry, qui a fait part de son "dégoût".

Aux critiques, certains responsables européens préfèrent parier sur le succès, à terme, des valeurs positives que porte l'UE aux yeux des manifestants de Kiev. "Toutes les possibilités de dialogue n'ont pas été épuisées", a souligné Guy Verhofstadt, chef de file du groupe centriste des Libéraux et Démocrates au Parlement européen. Il ne faut pas, selon lui, laisser retomber l'élan car "c'est la première fois que l'on voit des manifestations pour l'Europe aussi importantes" en dehors de l'Union européenne.

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