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13/12/2013 10:00 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Le nouveau gouvernement Merkel suspendu à un vote des sociaux démocrates

Le parti social démocrate allemand (SPD) doit annoncer samedi le résultat d'un vote décisif de ses militants sur le projet de gouvernement commun avec la chancelière conservatrice Angela Merkel, trois mois après les législatives.

Une nette victoire du "oui" est attendue, levant le dernier obstacle à une réélection de Mme Merkel pour un troisième mandat de quatre ans à la tête de la première économie européenne, lors d'un vote des députés du Bundestag mardi.

Des centaines de bénévoles ont démarré samedi matin le dépouillement dans un ancien entrepôt de la poste à Berlin et le résultat du vote par correspondance organisé auprès des quelque 470.000 adhérents du SPD sera annoncé à 13H00 GMT.

"La République a les yeux tournés vers une halle à Berlin", écrivait samedi matin le quotidien Süddeutsche Zeitung (SZ).

"Je m'attends à environ 70% de oui", a déclaré la trésorière du SPD, Barbara Hendricks, à l'agence DPA.

Malgré de fortes réticences parmi les militants sociaux démocrates, l'alliance avec "l'ennemi" d'hier a été rendue envisageable par la ligne sociale que la direction du parti a été en mesure d'imposer sur le contrat de gouvernement annoncé fin novembre, en poussant notamment la chancelière à approuver la création d'un salaire minimum universel, une petite révolution en Allemagne.

"Pour un parti qui, il y a à peine trois mois, était le grand perdant de l'élection, c'est déjà énorme", soulignait le SZ.

Avec 41,5% des voix au soir des législatives du 22 septembre Angela Merkel avait frôlé la majorité absolue. Mais la défaillance de son allié libéral (FPD) éjecté du parlement, l'a obligé à de longues négociations avec les sociaux-démocrates arrivés deuxième (25,7%).

Si le oui l'emporte comme prévu au référendum du SPD, le nouveau gouvernement de "grande coalition" sera annoncé officiellement dimanche. Neuf postes seront attribués aux conservateurs (CDU/CSU), six aux sociaux démocrates.

Mais la plupart des nominations ont déjà fuité dans la presse. Wolfgang Schäuble, 71 ans, vieux routier de la politique allemande et fidèle lieutenant de Mme Merkel, conserverait le ministère des Finances, fort d'une solide réputation forgée durant la crise de l'euro. Le cacique du SPD Frank-Walter Steinmeier, 57 ans, reviendrait aux Affaires étrangères, comme lors de la première "grande coalition" de Merkel (2005-2009).

Le président du SPD, Sigmar Gabriel, dirigerait un grand ministère de l'Économie, chapeautant aussi la transition énergétique, projet phare de l'Allemagne pour les prochaines années.

Le référendum interne au SPD avait été promis par M. Gabriel, dès l'ouverture des négociations avec la CDU/CSU pour vaincre les réticences de la base.

Le parti est encore miné par l'héritage des réformes de l'État providence lancées il y a dix ans par Gerhard Schröder qui ont entamé son image sociale. Il ne s'est pas vraiment relevé de son plus bas score historique aux législatives de 2009, après quatre ans d'une première expérience avec Mme Merkel.

Pour convaincre ses troupes, M. Gabriel a vanté les mesures de progrès social du contrat de coalition annoncé fin novembre: salaire minimum horaire de 8,50 euros, amélioration des petites retraites, mécanisme de limitation des hausses de loyer...

Les mesures sociales et les investissements, évalués à 23 milliards d'euros d'ici 2017, ont cependant été éreintés par les milieux patronaux et une grande partie de la presse.

Les analystes s'attendent en tout cas à un nouveau gouvernement "très stable" grâce à sa majorité écrasante au parlement.

L'échec du référendum n'est pas envisagé par le SPD qui affirme ne pas avoir de "plan B". Un tel échec pousserait la direction du parti à démissionner. Dans ce scénario, jugé très improbable, Mme Merkel pourrait théoriquement tenter de former un gouvernement minoritaire. Plus vraisemblablement, elle essayerait de négocier une alliance avec les Verts ou irait vers de nouvelles élections.

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