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13/12/2013 07:33 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Le Nigeria, puissance économique "sur le papier", peine à soulager le fardeau des plus pauvres

Le Nigeria pourrait devenir la première puissance économique africaine, d'ici quelques années, mais ce titre prestigieux ne va pas de pair avec une baisse de la pauvreté dans le pays le plus peuplé d'Afrique.

Sur le papier, l'avenir s'annonce prometteur pour le Nigeria: le fonds monétaire international prévoit une croissance de 7,4% en 2014, contre 6,2% pour cette année.

Cela, en dépit d'une insurrection islamiste qui secoue le nord du pays depuis quatre ans et du vol de pétrole à grande échelle qui représente un manque à gagner gigantesque pour l'économie.

Le PIB a connu une croissance annuelle moyenne de 6,8% par an entre 2005 et 2013, selon la banque centrale nigériane (CBN).

En comparaison, l'Afrique du Sud, qui occupe pour l'instant la place de première puissance économique africaine, a connu une croissance moyenne annuelle d'un peu moins de 5% entre 2005 et 2009 et atteint à peine les 3,5% depuis.

Ceci, combiné à un changement du calcul du PIB nigérian, pourrait permettre au Nigeria de réduire l'écart voire de dépasser l'Afrique du Sud.

Pour l'année 2011, selon la Banque mondiale, le PIB du Nigeria, calculé en prenant comme année de base 1990, est de 244 milliards de dollars, contre 408 milliards de dollars pour l'Afrique du Sud.

Afin d'obtenir des données plus justes, le bureau national nigérian de statistiques a décidé de modifier l'année de base de calcul du PIB. La nouvelle estimation du PIB, prendra comme année de base 2008 au lieu de 1990 et sera publiée dans les semaines à venir.

L'année de base du calcul du PIB est modifiée assez fréquemment par les pays, afin de prendre en compte l'évolution des prix et de la production. Le Nigeria ne l'ayant pas fait depuis plus de 20 ans, on s'attend à ce que cette modification engendre une augmentation très importante du PIB.

Mais au-delà des chiffres, la grande majorité des quelques 170 millions de Nigérians continue à vivre avec moins de deux dollars par jour et le pays est à la traîne dans des secteurs clé tels que la santé.

La croissance, mais pas d'emplois

La ministre des Finances Ngozi Okonjo-Iweala reconnaît elle-même que pour l'instant, la croissance économique profite à une petite minorité et peine à réduire la pauvreté et les écarts de richesse.

"Nous avons la croissance mais nous ne créons pas d'emploi, c'est notre très grand défi", a déclaré l'ancienne directrice générale de la Banque Mondiale lors d'un forum d'entrepreneurs à Lagos cette semaine.

Selon la ministre, 1,6 millions d'emplois ont été créés depuis un an, ce qui n'est pas suffisant, dans un pays qui compte près de 170 millions d'habitants.

"Je pense qu'il nous faut une croissance d'au moins neuf ou dix pour cent pour générer les emplois dont nous avons besoin", a-t-elle estimé.

"La croissance ne s'est pas traduite par une amélioration de la qualité de vie de la grande majorité des gens", souligne Pat Utomi, professeur d'économie politique à la Lagos Business School.

"Le chômage persiste ainsi que les inégalités alors que les infrastructures tombent en ruine. On manque du plus basique, tels que de bonnes routes, des hopitaux, des écoles, de l'électricité, de l'eau potable et des habitations décentes".

Le Nigeria pourrait dépasser l'Afrique du Sud, mais seulement si ses dirigeants décident de mettre le pays "sur les rails de la croissance durable", estime M. Utomi.

Cela pourrait arriver "d'ici deux ou trois ans", parce que le Nigeria possède la force de travail, le marché et les ressources pour être la première puissance économique du continent, pense-t-il.

"On nous parle d'une croissance économique robuste et d'une baisse de l'inflation mais les conditions de vie du peuple se dégradent", rappelle Chris Uyot, à la tête du Congrès nigérian du travail, le principal syndicat des travailleurs.

"Les prix des biens et des services augmentent et il y a du chômage partout", ajoute-t-il.

"Nous devons arrêter de combattre la corruption juste pour la forme, et le gouvernement doit mettre un terme au vol à grande échelle dans l'industrie pétrolière", estime à son tour le militant anti-corruption Debo Adeniran.

"Quand l'argent du pétrole sera dépensé pour le développement, le peuple commencera à sentir l'impact de la croissance économique".

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