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13/12/2013 05:20 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Exécution du numéro 2 officieux en Corée du Nord: signe de fébrilité ou de contrôle absolu?

Le jeune dirigeant de Corée du Nord a éliminé son oncle et mentor avec une brutale efficacité. Cette purge, la plus violente au sommet de l'Etat depuis des décennies, est-elle un signe de fébrilité ou au contraire de maîtrise absolue, de la part de Kim Jong-Un?

Pour Cha Du-Hyeogn, de la fondation coréenne, l'exécution menée tambour battant de Jang Song-Thaek, annoncée vendredi par Pyongyang, masque "une instabilité chronique" dans ce pays communiste doté de l'arme nucléaire.

"Le Nord a besoin d'un bouc émissaire pour s'exempter de tous les échecs" économiques et politiques, déclare l'analyste. "Mais si la purge s'étend, ça risque de sérieusement entamer la base sur laquelle se repose" Kim Jong-Un, âgé d'une trentaine d'années et à la tête du pays depuis décembre 2011.

Selon des propos rapportés par l'agence officielle nord-coréenne KCNA, Jang a avoué lors de son procès avoir "essayé d'attiser les plaintes du peuple et de l'armée contre l'échec du régime actuel à gérer la situation économique et les moyens de subsistance de la population".

Des paroles qui semblent reconnaitre, même de façon indirecte, les graves difficultés économiques du pays.

Les experts soulignent la férocité dont a fait preuve le jeune homme, y compris à l'aune de ce régime qui étouffe tout embryon d'opposition: arrestation et humiliation publique du haut dirigeant --via la diffusion de photos--, procès express, exécution dans la foulée. Le tout en quelques jours.

"Il est rare que l'exécution d'un très haut dirigeant soit menée de manière aussi publique", souligne Yang Moo-Jin, de l'université des études nord-coréennes à Séoul. "Cela vise à instiller une terreur maximale dans la population, afin de garantir la loyauté envers Kim Jong-Un et consolider le pouvoir entre ses seules mains".

Et les griefs énoncés contre Jang lors du procès --applaudissements insuffisamment vigoureux lors des discours de son neveu par exemple-- signalent un renforcement supplémentaire du culte de la personnalité, déjà omniprésent, indique Yang Moo-Jin.

Il ne reste plus que deux du "gang des sept"

Ce culte de la personnalité, associé à une doctrine communiste, aux purges, aux camps de travail et à la surveillance étroite de la population poussent les observateurs à parler d'un régime stalinien en place dans ce pays depuis 60 ans.

Pour Paik Hak-Soon, du Sejong Institute à Séoul, l'affaire Jang prouve l'assurance de Kim Jong-Un dans son pouvoir. "Kim est désormais fermement à la barre, après avoir écarté tout défi potentiel à son autorité", déclare l'expert, qui ne voit "aucun signe d'instabilité ou de panique au sommet".

En écartant ainsi son oncle, le dirigeant projette une image "de leader sans peur qui peut écraser brutalement tout concurrent éventuel", ajoute Paik Hak-Soon.

Dans les années 70, Kim Jong-Il, futur dirigeant et père de Kim Jong-Un, s'était débarrassé d'un de ses oncles dont il craignait la concurrence. Mais dans l'affaire d'aujourd'hui, l'oncle était devenu le mentor du jeune leader et semblait avoir l'aider à sécuriser sa position lors de la délicate période de transition, après la mort de Kim Jong-Il.

Des sept hauts responsables aux côtés du jeune homme lors des funérailles de son père en décembre 2011, cinq ont été écartés. Le groupe, surnommé "le gang des sept" par la presse sud-coréenne, représentait alors l'élite dirigeante.

Les deux qui restent aujourd'hui, Kim Ki-Nam et Choe Tae-Bok, sont très âgés et ne font plus grand chose.

Mais en s'engageant "dans un règne de la terreur", selon les termes employés par le gouvernement sud-coréen, ou "une radicalisation" supplémentaire, selon le Japon, Kim a aussi fait table rase de décennies d'expérience et de contacts accumulés par l'ancienne élite.

Les observateurs vont scruter l'entourage de Kim Jong-Un lors des images télévisées qui retransmettront les cérémonies marquant le 2e anniversaire de la mort de Kim Jong-Il, la semaine prochaine.

"Il se peut qu'on voit de nouvelles personnes, ou ceux qui ont été promus. On aura des indications sur ceux qui ont planifié (la purge) et dont les actions ont été récompensées", note Toshimitsu Shigemura, de l'université japonaise de Waseda.

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