POLITIQUE
13/12/2013 02:41 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Sénat: pas de lien entre les départs et le scandale, selon les conservateurs

CP

OTTAWA - Pour tenter de réparer les dommages faits au Sénat par le scandale des dépenses, les sénateurs conservateurs ont exploré divers moyens dont celui de se tenir loin du bureau premier ministre — et de lui envoyer le message de se mêler de ses affaires.

Les sénateurs conservateurs se sont réunis pendant une journée et demie pour se pencher sur les problèmes qui ont secoué le Sénat cette année et voir comment mieux faire pour l'avenir.

Au sortir de leur rencontre, vendredi après-midi, le mot d'ordre était «on reste positifs».

Éthique, sanctions disciplinaires, revue des règles sur les dépenses, beaucoup de sujets ont été discutés.

Et alors que l'ingérence du bureau du premier ministre a été révélée par le scandale des dépenses, notamment ses interventions pour camoufler le remboursement des dépenses inappropriées du sénateur Mike Duffy, l'indépendance de l'institution était à l'ordre du jour.

«Le bureau du premier ministre n'a rien à voir dans nos opérations. Il voudrait bien, on n'a qu'à lire les fameux courriels du printemps, mais c'est pas comme cela que cela fonctionne», a déclaré le sénateur Pierre Claude Nolin en sortant de la réunion.

Il faisait référence aux courriels qui démontrent le rôle joué par des personnes au bureau de M. Harper, notamment son ex-chef de cabinet Nigel Wright, qui a fait un chèque de 90 000$ au sénateur Duffy.

Le sénateur Nolin a expliqué que des jeunes au bureau du premier ministre s'imaginaient à tort qu'en obtenant ce titre, M. Harper devenait automatiquement le patron de la Chambre des communes et du Sénat.

Mais selon lui, les choses ont changé. Surtout depuis l'arrivée du nouveau leader au Sénat, le québécois Claude Carignan.

«Je pense qu'il a mis cartes sur table avec le bureau du premier ministre. Notre institution est différente, elle est indépendante et on veut qu'elle reste comme cela».

Et M. Nolin dit avoir vu des résultats.

«Il y a définitivement eu un ralentissement, sinon un arrêt complet», dit-il constater au sujet des tentatives d'interférence.

«S'il y a encore des adjoints au bureau du premier ministre qui ont des velléités de venir s'en mêler, je pense qu'ils vont garder pour eux leur opinion».

M. Carignan est aussi d'avis que l'indépendance du Sénat doit être gardée jalousement.

Lors d'une entrevue avec La Presse Canadienne, il a répondu en riant qu'il n'avait pas le numéro préenregistré du premier ministre sur son téléphone.

«Il y a un processus, clairement, selon les paroles et les gestes posés par le premier ministre, d'avoir une plus grande indépendance du Sénat».

Il prend notamment pour preuve le fait que le leader au Sénat n'est plus un ministre du gouvernement, comme c'était le cas auparavant.

«Et depuis que je suis ici, je n'ai jamais eu de commande de quelque nature que ce soit du bureau du PM. Je prends mes propres décisions».

Et pour maintenir l'indépendance — et aussi l'apparence d'indépendance — les sénateurs conservateurs ont jonglé avec l'idée de ne plus assister aux réunions nationales hebdomadaires du caucus, présidées par Stephen Harper lui-même.

Mais ils ont finalement décider de continuer à y aller, sauf certains qui ne s'y rendaient déjà pas, a confié M. Nolin.

Et le débat à ce sujet a été serein, a indiqué le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.

«Il y a de gros avantages (à y assister) en termes de proximité, surtout des ministres», a-t-il dit.

«L'indépendance ne veut pas dire à tout prix de s'éloigner et de se cloîtrer», juge pour sa part M. Carignan.

Et, question aussi de rendre le Sénat plus transparent, la présence de caméras à l'intérieur de la Chambre haute a été abordée.

Un sous-comité de quatre sénateurs planche actuellement sur la meilleure façon de procéder et quelle technologie choisir.

La décision devrait être prise au printemps 2014, a fait savoir vendredi le président du Sénat Noël Kinsella.

Les rangs conservateurs ont aussi été ébranlés récemment par le départ de trois des leurs. Mais les conservateurs affirment qu'il n'y a aucun lien entre ces démissions et le scandale des dépenses au Sénat.

Le plus récent à avoir quitté le bateau est Hugh Segal, qui a fait part de sa décision jeudi.

M. Kinsella et le sénateur Nolin ne relient pas ces départs aux troubles qui ébranlent le Sénat depuis le printemps, malgré les déclarations de plusieurs sénateurs qui disent que le scandale a entaché l'institution.

M. Kinsella juge que ses trois collègues avaient des raisons personnelles de quitter.

Il soutient que les places libres dans leurs rangs n'empêcheront pas le travail de se faire et a même ajouté que les conservateurs disposent toujours d'une bonne majorité au Sénat.

D'ailleurs, il ne croit pas que le scandale des dépenses ait causé un «tort irréparable» au Sénat. Mais il a donné l'occasion d'une «renaissance» pour l'institution, a-t-il déclaré lors d'une seconde rencontre inusitée avec les médias à l'intérieur même du Sénat.

Récemment, le sénateur ontarien David Braley a annoncé son départ avant l'âge de retraite prescrit et, un peu avant lui, Gerald Comeau, de la Nouvelle-Écosse avait fait de même.

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