NOUVELLES
13/12/2013 05:47 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Après l'annonce d'un référendum, une crise majeure entre Madrid et la Catalogne

L'annonce par les nationalistes catalans d'un référendum sur l'indépendance et la promesse par Madrid que celui-ci n'aurait pas lieu ouvrent une crise majeure entre le pouvoir central espagnol et la puissante région méditerranéenne, avec la date butoir du 9 novembre 2014 pour trouver une issue.

Après trois années de tensions, de la limitation en 2010 du statut d'autonomie régionale par la justice espagnole, à la crise économique qui a alimenté un vif sentiment d'injustice, le conflit a éclaté jeudi: Artur Mas, le président nationaliste de Catalogne, a jeté une bombe, annonçant, pour le 9 novembre 2014, le referendum promis sur l'indépendance des 7,5 millions d'habitants de la région.

La question sera double: "'Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat ? Oui ou non ?' sera la première question. Et si la réponse est 'oui', 'Voulez-vous que cet Etat soit indépendant' sera la deuxième", a-t-il expliqué.

Cette question est le fruit d'un accord entre les principales composantes de la majorité au Parlement de cette région du nord-est de l'Espagne, dont la coalition nationaliste conservatrice CiU d'Artur Mas, alliée depuis 2012 aux indépendantistes de gauche de l'ERC.

"Mas pousse la Catalogne vers le précipice... et Rajoy réplique avec la force de la Constitution", lançait vendredi le quotidien espagnol de centre droit El Mundo, résumant l'abîme qui s'est brusquement creusé entre Madrid et la Catalogne, et l'indignation du pouvoir central face aux menées séparatistes de la région, sans précédent dans la jeune démocratie espagnole.

Car la Catalogne défie aujourd'hui le gouvernement de droite sur le terrain même de ce qui fut l'un des fondements de la Constitution de 1978: la large autonomie des 17 régions du pays, alors symbole fort de la démocratie retrouvée après la dictature franquiste.

Cette même Constitution que le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, brandit pour déclarer le référendum illégal et promettre qu'il "n'aura pas lieu".

Dans cette région qui revendique fièrement son identité culturelle et sa langue, le malaise est monté depuis que la droite espagnole a remis en cause le statut d'autonomie élargie voté par le Parlement catalan en 2006, jusqu'à la décision du Tribunal constitutionnel qui, en 2010, en a supprimé certains articles. Parallèlement, les nationalistes catalans dénoncent des atteintes contre leur langue.

La crise qui a éclaté en 2008 s'est ajoutée à cela: la Catalogne a progressivement perdu sa position de moteur économique de l'Espagne, elle reproche à Madrid une répartition injuste des richesses et son refus de lui accorder une autonomie fiscale élargie.

"Le gouvernement Rajoy aurait dû se montrer beaucoup plus ouvert depuis longtemps pour éviter que l'on en arrive là", estime Francesc Pallares, professeur de Sciences politiques à l'Université Pompeu Frabra de Barcelone, résumant comme l'ensemble des analystes l'ère d'incertitude qui se profile.

"Ou il existe la possibilité de reconstruire des ponts d'un côté et de l'autre, ou le scénario qui s'annonce fait peur parce qu'il va se produire une 'collision entre deux trains' aux conséquences imprévisibles", remarque-t-il.

"Si le référendum n'a pas lieu, d'autres scénarios se dessineront. Que personne ne pense que les choses en resteront là", ajoute l'universitaire barcelonais Ferran Requejo.

Artur Mas "a lancé hier un pavé dans la mare qui marquera un avant et un après dans les relations entre le gouvernement catalan et celui de Mariano Rajoy", soulignait le grand quotidien catalan La Vanguardia.

Madrid et Barcelone ont donc jusqu'au 9 novembre 2014 pour trouver une voie de sortie. Cela sous l'oeil inquiet de l'Union européenne, qui a déjà les yeux rivés sur l'Ecosse où un référendum est annoncé pour le 18 septembre.

Une proclamation par la Catalogne de son indépendance signifierait la sortie du territoire de l'Union européenne, avertissait jeudi le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

"Il s'agit maintenant de voir jusqu'à quel point une majorité du peuple catalan serait disposée à aller vers un gouvernement propre qui ne serait pas l'indépendance, mais qui marquerait une rupture avec le statu quo actuel", analyse Fernando Vallespin, professeur de Sciences politiques à Madrid. "C'est la grande question qui s'ouvre et à laquelle nous n'avons probablement aucune réponse".

dbh-sg/elc/abk

PLUS:hp