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12/12/2013 01:35 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

Ukraine: les Etats-Unis et la Russie s'affrontent à distance

En Ukraine, les Etats-Unis ont ouvertement pris parti pour l'opposition pro-européenne, poussant cette ex-république soviétique dans les bras de l'UE dans un affrontement à distance et aux relents de Guerre froide avec la Russie.

Après être longtemps resté discret face à la crise ukrainienne, Washington a clairement affiché la couleur cette semaine, montant crescendo dans ses mises en garde à Kiev: le vice-président Joe Biden a dit au président Viktor Ianoukovitch sa "profonde inquiétude" face à d'éventuelles violences; le secrétaire d'Etat John Kerry a ensuite fait part de son "dégoût" devant la répression policière, avant que le patron du Pentagone Chuck Hagel n'avertisse son homologue Pavel Lebedev contre "toute intervention de l'armée pour réprimer les manifestations".

Dans un geste diplomatique remarqué, la secrétaire d'Etat adjointe pour l'Europe, Victoria Nuland, s'est mêlée aux manifestants pro-européens à Kiev, leur a distribué des gâteaux et a exhorté ce pays de l'ex-URSS à "sauver son avenir européen". Le département d'Etat envisage même d'imposer des "sanctions" contre les autorités ukrainiennes.

Pour autant, l'expert Joerg Forbrig, du centre de recherche sur les relations transatlantiques German Marshall Fund of the United States (GMF), trouve la réaction américaine "trop faible et trop tardive".

Il fustige "la lourde faute symbolique" qu'aurait commise John Kerry en annulant sa présence début décembre à un sommet de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Kiev. Washington voulait condamner le refus de l'Ukraine de signer fin novembre des accords d'association et de libre échange avec l'UE, sous pression de la Russie.

"Poursuite du grand jeu d'influence"

Absent à Kiev, au contraire de son homologue européenne Catherine Ashton, M. Kerry a donné "l'impression que les Ukrainiens sont abandonnés par les Américains", critique le chercheur allemand.

Pourtant, à l'instar de leur politique du début des années 1990 en faveur des anciens pays communistes d'Europe centrale et orientale, les Etats-Unis n'ont cessé de plaidé pour "l'intégration européenne" de l'Ukraine, et aussi de la Géorgie et de la Moldavie, lesquelles ont paraphé les accords avec l'UE.

"Depuis la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis et leurs alliés européens ont soigneusement oeuvré à pousser les anciens pays du bloc soviétique vers l'Ouest", résume Charles Kupchan, du centre d'études Council on Foreign Relations (CFR).

A ses yeux, la diplomatie américaine vers l'Europe de l'Est serait "en partie guidée par des raisons altruistes, pour montrer que les pays devenus membres de l'Otan et de l'UE réussissent bien mieux que ceux qui ne le sont pas".

De fait, l'ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'était rendue en août 2012 dans les Balkans -- avec Mme Ashton -- pour encourager la Serbie, le Kosovo et la Bosnie à se jeter dans les bras de l'Alliance atlantique et de l'UE, comme l'a fait la Croatie.

Mais les Etats-Unis ne sont pas tout à fait désintéressés, décrypte M. Kupchan du CFR: entre Washington et Moscou, c'est aussi "la poursuite du grand jeu d'influence dans la périphérie de la Russie".

"Avec une Europe centrale partie (vers l'UE) et un Kremlin en mode plus nationaliste, on assiste à des coups de boutoir entre (le président russe Vladimir) Poutine qui s'efforce de garder l'Ukraine dans sa sphère d'influence et l'Europe et les Etats-Unis qui s'efforcent de l'en faire sortir", explique le chercheur.

M. Forbrig du GMF accuse d'abord le président Poutine de chercher "la confrontation" avec les Etats-Unis en "s'inventant un ennemi avec l'Occident".

Reste que les Américains tiennent à préserver leurs relations avec les Russes, avec lesquels ils coopèrent sur la Syrie et l'Iran. Et le président Barack Obama n'a pas renoncé à sa fameuse diplomatie du "Reset" ("Redémarrage") lancée en 2009 avec Moscou.

D'ailleurs, John Kerry s'est bien gardé de s'en prendre nommément à la Russie, disant refuser "toute surenchère". Sa porte-parole Jennifer Psaki a assuré qu'il ne fallait pas lire la crise en Ukraine à la lumière d'un conflit des "Etats-Unis contre la Russie".

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