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12/12/2013 07:01 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

Réfugiés syriens: Amnesty accuse l'UE de s'ériger en "forteresse"

Amnesty International a accusé vendredi les pays européens de s'ériger en "forteresse" pour se protéger des réfugiés syriens, qu'ils ne sont prêts à accueillir qu'en "nombre pitoyablement bas", selon l'organisation.

"L'Union européenne a lamentablement échoué à jouer son rôle d'abri pour les réfugiés qui ont tout perdu, sauf leur vie. Le nombre de réfugiés qu'ils sont prêts à accueillir est vraiment pitoyable", a estimé le secrétaire général d'Amnesty, Salil Shetty, dans un communiqué.

"Dans l'ensemble, les dirigeants européens devraient baisser la tête de honte", a-t-il ajouté.

Les membres de l'UE "ont proposé d'ouvrir leurs portes à 12.340 des réfugiés les plus vulnérables venus de Syrie l'an prochain, soit seulement 0,5% des 2,3 millions de personnes qui ont fui le pays", affirme l'organisation de défense des droits de l'Homme, dénonçant "les barricades de la forteresse Europe".

L'Allemagne est "de loin le pays le plus généreux, en s'engageant à accueillir 10.000 réfugiés, soit 80% des engagements de l'UE", tandis que la France offrira l'année prochaine 500 places, soit 0,02% du nombre total de personnes qui ont fui la Syrie. Dix-huit pays de l'UE, dont le Royaume-Uni et l'Italie, n'ont proposé aucune place, selon Amnesty basée à Londres.

Le Royaume-Uni a justifié vendredi sa position en expliquant aider les réfugiés dans la région.

"Nous sommes l'un des pays donateurs les plus généreux. Avec 500 millions de livres (595 millions d'euros) provisionnés à ce jour, nous faisons plus que l'ensemble des autres Etats-membres de l'UE réunis", a affirmé vendredi un porte-parole du ministère britannique de l'Intérieur.

Paris a insisté, par la voix du porte-parole du Quai d'Orsay Romain Nadal, sur le fait que le nombre de 500, cité dans le rapport, correspondait aux 500 réfugiés syriens supplémentaires que la France allait accueillir.

En 2012 et 2013, la France a accueilli 3.700 Syriens, 1.700 qui ont obtenu le statut de réfugié et 2.000 autres sous un autre statut (long séjour, visas étudiants, regroupement familial...).

"La France en accueille le plus possible et nous soutenons également l'accueil de réfugiés dans les pays voisins de la Syrie", a souligné Romain Nadal.

A l'approche de l'hiver, les conditions de vie des quelque 2,2 millions de réfugiés installés dans les pays voisins de la Syrie "se détériorent rapidement", et avec seulement 12.000 places proposées par l'UE d'ici fin 2014, certains "tentent le voyage par leurs propres moyens", notamment par la mer, poursuit Amnesty.

L'organisation dénonce l'attitude parfois violente de la police et de garde-côtes en Grèce, ainsi que les conditions parfois "déplorables" de détention, comme en Bulgarie.

Un Syrien de 32 ans a raconté à Amnesty avoir été confronté aux garde-côtes grecs en octobre, au large de l'île de Samos. "Ils nous ont marché dessus et nous ont frappés avec leurs armes pendant trois heures (...). Après avoir retiré le moteur du bateau, ils nous ont (...) conduits jusque dans les eaux turques et nous ont laissés en plein milieu de la mer", a déclaré ce jeune homme.

"Il est déplorable que de nombreuses personnes qui ont risqué leur vie (...) soient renvoyées ou détenues dans des conditions vraiment sordides", a estimé Salil Shetty, qui appelle les pays de l'UE à "augmenter significativement" le nombre de places attribuées aux réfugiés syriens et à veiller à ce que "ceux qui sont secourus soient traités avec dignité".

Parallèlement aux 12.000 places offertes par les pays de l'UE aux réfugiés syriens, environ 55.000 réfugiés syriens sont parvenus à entrer dans l'UE et ont engagé des procédures de demande d'asile, selon Amnesty.

La guerre en Syrie, qui a débuté en mars 2011 par une révolte populaire contre le régime syrien, a coûté la vie à plus de 126.000 personnes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

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