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12/12/2013 09:30 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

Mexique: les députés adoptent la réforme énergétique, le débat continue

La Chambre des députés du Mexique a adopté mercredi soir le texte général de la réforme énergétique qui met fin à 75 ans de monopole de l'Etat sur les ressources énergétiques, mais le débat continuait jeudi matin.

Le projet déjà adopté par le Sénat a obtenu à la Chambre des députés 354 voix contre 134, et aucune abstention, lors d'un débat tendu, marqué par les accusations de "privatisation" de la part de la gauche, vivement opposée au texte.

Le vote est intervenu peu après 23H00 mercredi (05H00 GMT jeudi), mais le débat se poursuivait jeudi matin et devrait encore se prolonger. La procédure parlementaire prévoit en effet l'examen des amendement après l'adoption du texte général.

L'opposition de gauche a inscrit 101 orateurs pour défendre des amendement à tous les articles du projet voté. Aucun d'entre eux n'a de chance d'être adopté, mais la gauche entend ainsi marquer la force de son opposition au projet et retarder son adoption définitive.

A 08H00 locales (14H00 GMT) seulement 51 orateurs étaient intervenus, ce qui laisse prévoir la fin du débat et donc l'adoption formelle de la loi en milieu de journée.

La réforme énergétique est un élément central du programme de réformes engagé depuis un an par le président mexicain Enrique Pena Nieto dans les domaines de l'éducation, des télécommunications et de la fiscalité, dans le but de relancer l'économie mexicaine.

Mais l'ouverture de l'industrie du pétrole et du gaz à des capitaux privés est pour la gauche un sujet sensible, dans un pays marqué par la nationalisation du pétrole et l'expulsion des compagnies pétrolières étrangères en 1938.

En début d'après-midi, une vingtaine de députés de gauche ont bloqué les entrées de la salle plénière à l'aide de mobilier et de chaînes obligeant les députés à se réunir dans une salle annexe.

Occupant la tribune, ces députés ont déployé une banderole portant l'inscription "Vouloir livrer les ressources naturelles à des étrangers est trahir la patrie. Traîtres!", et scandé des slogans hostiles au gouvernement du président Enrique Pena Nieto.

La réforme est le fruit d'un accord entre le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) du président Enrique Pena Nieto et du Parti action national (PAN, droite).

Ces partis assurent que la compagnie pétrolière Pemex, qui fournit le tiers des ressources fiscales de l'Etat, a besoin de compétences extérieures pour faire face à une chute marquée de sa production. Celle-ci est passée de 3,4 millions de barils par jour en 2004 à 2,5 millions actuellement.

Pour le PAN et le PRI, le Mexique ne dispose pas à lui seul des compétences ou du savoir-faire suffisant pour rechercher de nouvelles sources: eaux profondes, champs pétroliers non conventionnels, gaz de schiste.

Le projet adopté prévoit notamment que Pemex, l'entreprise pétrolière de l'État mexicain, pourra passer des contrats avec des investisseurs privés, nationaux ou étrangers, ou leur accorder des licences d'exploitation ou d'extraction.

Un Fonds mexicain du pétrole sera chargé d'administrer les recettes issus de ces contrats tandis que seront créées deux commissions de régulation, la Commission nationale des hydrocarbures et la Commission régulatrice de l'énergie.

Autre disposition adoptée, la disparition du conseil d'administration de Pemex des cinq représentants du Syndicat des travailleurs du pétrole qui y siégeaient jusqu'à présent.

Cette disposition aboutira à un Conseil d'administration de Pemex restreint, passant de 15 à 10 membres : cinq membre du gouvernement fédéral, dont le ministre de l'Energie disposant d'une voix prépondérante, ainsi que cinq membres "indépendants".

Pour la gauche, "c'est un jour sombre dans l'histoire du Mexique", a dit lors du débat le député Ricardo Monreal, du Mouvement citoyen (MC), qui a accusé le PRI et le PAN de "trahison de la patrie".

Au contraire, pour le député du PRI Ely Cantu Segovia, "cette réforme permettra de nous mettre à l'avant-garde et de mettre en valeur le grand potentiel énergétique qu'a le Mexique".

Dans la journée, le président Pena Nieto avait estimé que son adoption, ainsi que celle des autres réformes précédentes, représentait "l'esprit modernisateur qui prévaut aujourd'hui dans le pays".

Cependant, David Shields, expert de l'industrie pétrolière, auteur du livre "La réforme pétrolière" a dit à l'AFP que pour atteindre tout son "potentiel", la réforme énergétique devra être travaillée encore "pendant des mois et des années".

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