NOUVELLES
12/12/2013 01:06 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

Mensonges et contrefaçons, le château de cartes de Rudy Kurniawan s'effondre

Mensonges et contrefaçons, le château de cartes du collectionneur de vins Rudy Kurniawan a continué jeudi à s'effondrer à New York, avec le témoignage accablant du viticulteur français Laurent Ponsot.

Rudy Kurniwan, 37 ans, un temps considéré comme l'un des meilleurs experts en vin du monde, est jugé au tribunal fédéral de Manhattan, accusé d'avoir vendu des centaines de faux grands crus français, qu'il faisait lui-même dans sa cuisine en Californie. Certains étaient présentés comme venant du Domaine Ponsot, entreprise familiale centenaire en Bourgogne.

Laurent Ponsot, co-propriétaire du Domaine, a raconté à la barre comment il avait été alerté par email en avril 2008, deux jours avant une vente aux enchères où étaient notamment proposées 97 bouteilles du Domaine Ponsot à New York, estimées à entre 440.500 et 602.000 dollars.

"Depuis quand produisez-vous du Clos Saint-Denis ?", lui demande cet ami, cité par M. Ponsot à la barre.

"Pourquoi demandes-tu ça ?" lui répond le viticulteur, qui est chez lui en France.

L'ami lui répond que la vente aux enchères propose du Clos Saint-Denis des années 45 et 49. Il lui envoie le catalogue et des photos.

"C'est une appellation que nous avons commencée en 1982", a expliqué M. Ponsot aux jurés new-yorkais.

Il contacte à l'époque John Kapon, le propriétaire de la maison d'enchères Acker, Merrall et Condit, qu'il ne connaît pas, demande que ses vins soient retirés. Le "oui" qu'il obtient au téléphone ne le rassure pas, il saute dans un avion.

"Je suis arrivé dix minutes après le début de la vente", raconte Laurent Ponsot. "Les vins étaient là, dans la salle".

Ils avaient été proposés par Rudy Kurniawan. Ils sont retirés à la dernière minute.

Plusieurs des bouteilles étaient exposées jeudi dans la salle d'audience, et M. Ponsot en a facilement expliqué la contrefaçon.

"Celle-là est évidente. Du Clos Saint-Denis de 1945, cela ne peut pas exister. Et une étiquette (du revendeur) Nicolas ? Nous n'avons jamais vendu à Nicolas", explique-t-il, bouteille à la main, dans un bon anglais.

Un Clos de la Roche 1929 ? "Nous n'avons commencé à mettre en bouteille au domaine" que dans les années 30.

Les jurés écoutent, prennent des notes, les noms français sont systématiquement épelés.

Deux autres vignerons à la barre

M. Ponsot examine les étiquettes, les capsules, pointe les nombreuses erreurs, une étiquette des années 50 sur un prétendu Clos de la Roche de 1945, la signature de son grand-père au lieu de celle de son père sur une autre bouteille, une capsule dorée quand le Domaine n'en a jamais utilisé.

Il raconte avoir déjeuné avec Kurniawan le lendemain de la vente aux enchères new-yorkaise. Il lui demande d'où viennent les prétendus vins du Domaine Ponsot.

"Il regardait son assiette. Il m'a dit + je ne sais pas, j'achète tellement de bouteilles+. J'ai trouvé ça bizarre".

Il le relance par email en mai. Kurniawan lui répond le 5 juin, lui donnant un nom "Pak Hendra en Asie".

Laurent Ponsot apprend ensuite que Pak veut dire Monsieur, et qu'Hendra est un nom très courant.

En juillet, il invite Kurniawan à déjeuner à Los Angeles. "Je voulais en savoir plus". Kurniawan lui écrit deux numéros de téléphone sur un bout de papier, lui expliquant que c'est à Djakarta.

Aucun ne répond. C'est une ligne de fax, et le numéro d'une compagnie aérienne locale.

Il revoit Kurniawan en mai 2009, toujours à Los Angeles, lui demande les détails qu'il n'a jamais fournis. "Il me les a promis pour le lendemain, je les attends toujours", affirme M. Ponsot.

A l'audience, Kurniawan, costume anthracite, écoute, plus impassible que jamais, en picorant des bonbons mentholés.

La vente aux enchères de 2008 a scellé sa chute. Le petit monde des richissimes collectionneurs de grands vins se détournera du jeune Indonésien au palais extraordinaire aussi rapidement qu'il s'en était entiché à partir de 2002.

Deux autres représentants de grands domaines français de Bourgogne, Laurent Roumier et Aubert de Villaine (Romanée-Conti) doivent encore témoigner.

Kurniawan, qui avait été arrêté le 8 mars 2012, risque jusqu'à 40 ans de prison.

bd/are

PLUS:hp