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12/12/2013 12:45 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

L'US Air Force veut en finir avec ses avions tueurs de chars

C'est un serpent de mer mais la pression budgétaire pourrait finalement en avoir raison: l'US Air Force veut se débarrasser de ses avions A-10, conçus pour détruire les chars soviétiques, dont l'intérêt est aujourd'hui remis en cause.

Mal aimé des aviateurs, cet appareil aux deux moteurs protubérants est lent, laid mais terriblement efficace pour assurer le soutien aérien des troupes au sol et est à ce titre très apprécié de l'armée de Terre.

Seulement voilà, l'armée de l'Air "n'a jamais eu beaucoup d'intérêt pour un avion subsonique d'appui au sol" en service depuis la fin des années 1970 et conçu pour de "larges combats terrestres qu'on ne risque pas de rencontrer dans un avenir prévisible", justifie Richard Aboulafia, du cabinet de consultants en aéronautique Teal Group.

Et si l'Air Force a tenté à plusieurs reprises depuis la fin de la Guerre froide de mettre au rebut une grande partie de ses A-10 avant de renoncer face à des conflits imprévus (guerre du Golfe, Irak, Afghanistan), cette fois elle bénéficie d'un contexte de coupes budgétaires appelées à durer, explique-t-il à l'AFP.

Le budget de la Défense doit être amputé de près de 1.000 milliards de dollars au cours des dix prochaines années, pour moitié par un mécanisme de coupes automatiques. A elle seule, l'armée de l'Air doit trouver 12 milliards d'économies en 2014, selon son chef d'état-major, le général Mark Welsh.

L'Air Force envisage ainsi de se séparer d'ici 2015 de toute sa flotte de A-10, soit 326 appareils, espérant au passage économiser 3,7 milliards de dollars.

"J'ai 1.000 heures de vol dessus, c'est le meilleur avion au monde dans son registre (...) mais nous devons être honnêtes avec nous-mêmes quant à ce que nous pouvons nous offrir", a concédé devant le Congrès le général Welsh.

"Animosité historique"

Le problème de l'A-10, construit autour d'un canon rotatif dans son nez, est qu'il est limité par sa seule capacité à mener des missions de soutien au sol alors que l'armée de l'Air privilégie les appareils multi-missions comme le F-15 ou le F-16.

Et "on ne peut vraiment faire des économies en supprimant l'intégralité de la flotte", a justifié le général Welsh.

"Pour atteindre des économies similaires, nous devrions fermer trois à quatre fois plus d'escadrons de F-16. Si tel était le cas, nous ne pourrions effectuer notre mission", a-t-il plaidé jeudi lors d'une intervention devant l'American Enterprise Institute, un groupe de réflexion de Washington.

D'autant que l'A-10 effectue déjà moins de 30% des sorties pour des missions de soutien au sol en Afghanistan, selon lui. Chasseurs F-16 et hélicoptères d'attaque Apache y contribuent également et le F-35, le principal programme d'armement du Pentagone, devra lui aussi effectuer cette mission à l'avenir.

Mais, à la faveur d'une "animosité historique" selon Richard Aboulafia, l'armée de Terre essaie de contrarier les plans de l'Air Force.

"L'A-10 est le meilleur avion d'appui au sol que nous ayons à l'heure actuelle. Il a été incroyablement performant en Irak et en Afghanistan", a plaidé devant le Congrès son patron, le général Ray Odierno.

Une trentaine de sénateurs et élus de la Chambre, opposés à la suppression d'escadrons d'A-10 dans leur Etat, s'en sont mêlés et ont écrit mi-novembre au secrétaire à la Défense Chuck Hagel pour faire part de leur "profonde inquiétude" face à la suppression de la flotte d'A-10.

"Nous nous opposons à toute tentative visant à supprimer l'A-10, qui créerait un trou capacitaire limitant la force de frappe de l'Air Force et mettrait inutilement en danger nos soldats au cours des conflits futurs", affirment ces élus emmenés par la républicaine Kelly Ayotte.

La sénatrice a notamment déposé un amendement à la loi de finances 2014 visant à repousser à au moins 2022 la mise à la retraite de l'appareil.

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