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12/12/2013 12:45 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

La Finlande attend désespérément les investissements russes

La Finlande est le pays de l'Union européenne qui partage la plus longue frontière avec la Russie, sur 1.340 kilomètres, et pourtant elle n'arrive pas à attirer l'argent russe pour stimuler son économie à la traîne.

"La Finlande n'a pas atteint ses objectifs. Nous n'avons pas réussi à attirer autant d'investissements russes que ce que nous avions espéré", admet le professeur Kari Liuhto de l'Institut paneuropéen de l'université de Turku (sud-ouest).

Selon la banque centrale finlandaise, les Russes n'ont investi que 245 millions d'euros dans le pays entre 2002 et 2012, soit cinquante fois moins que les 12,9 milliards venus des Suédois.

Même s'il faudrait ajouter des investissements russes qui transitent par des banques de l'UE, "cela ne change pas la perspective générale", souligne l'économiste Heli Simola, de l'Institut des économies en transition de la Banque de Finlande.

Le gouvernement a multiplié les tentatives de séduction. Depuis fin 2012, un "programme d'accélération" finance la préparation de grands projets d'investissements étrangers. Le bureau de promotion Invest in Finland a déployé les grands moyens pour vanter les mérites du pays, notamment en langue russe.

Mais les Russes hésitent. Selon le directeur d'Invest in Finland Tuomo Airaksinen, ils "manquent d'informations" et "ne savent pas comment investir en Finlande. Ils ne connaissent pas la législation ou les risques".

"Pour beaucoup, le marché russe leur suffit pour l'instant. La familiarité joue aussi: leur grand marché intérieur, dont ils connaissent le fonctionnement, est jugé suffisant pour leur activité", analyse-t-il.

La communication officielle met en avant des atouts comme un cadre juridique clair, une infrastructure de qualité, des transports et une logistique fiables, et bien sûr l'appartenance au marché commun qui peut faire de la Finlande un point d'entrée en direction des consommateurs de l'UE.

Quelques investissements russes ont été très médiatisés.

En juillet, le géant du nucléaire russe Rosatom a été choisi par le Finlandais Fennovoima pour la construction d'une centrale nucléaire à Pyhäjoki, sur la côte ouest de la Finlande. Rosatom devrait aussi entrer dans le capital de Fennovoima à hauteur de 34%.

En juin, des millionnaires russes avaient acheté une grande salle de sports à Helsinki, la Hartwall Areena.

Le moteur de recherche internet Yandex est en train de construire un grand centre de données à Mäntsälä (Est). Et USC, une entreprise publique russe, détient depuis deux ans 50% du chantier naval Arctech à Helsinki, premier constructeur mondial de brise-glaces.

"L'importance de la Russie va augmenter. Ces projets réalisés depuis deux ou trois ans le démontrent", est convaincu M. Airaksinen.

M. Liuhto voit dans la vente de Hartwall Areena "une belle opportunité pour lobbying", car le club de hockey sur glace résident, Jokerit, va quitter la ligue finlandaise pour rejoindre la ligue russe KHL.

"C'est une excellente occasion de renouer des contacts avec des oligarques russes qui viennent voir les matches des équipes russes. En Finlande on est trop habitué à faire affaire entre entreprises, tandis qu'en Russie les échanges se font entre personnes", dit M. Liuhto.

La Finlande a une longue histoire de relations privilégiées mais compliquées avec la Russie, dont elle a pris son indépendance en 1917. Pendant la Guerre froide, elle était à l'Ouest et pourtant sous une certaine influence de Moscou, entretenant des rapports commerciaux privilégiés avec l'URSS.

Le rapprochement économique avec ce grand voisin n'est pas toujours bien accueilli par les Finlandais, profondément marqués par les deux guerres entre les deux pays (1939-40 et 1941-44).

Selon un sondage commandé par l'organisation environnementale Greenpeace, 60% des Finlandais sont défavorables à la participation russe dans le projet nucléaire de Fennovoima.

Le passage de la Hartwall Areena sous pavillon russe a provoqué de vives réactions de la part des fans sur internet. Et l'achat par des Russes de résidences secondaires, surtout dans l'Est de la Finlande, est vue d'un mauvais oeil par une partie de la population finlandaise.

"Il y a peut-être des préjugés", concède l'économiste Heli Simola. "Et on peut toujours faire mieux, mais ces attitudes ne sont pas un obstacle aux échanges commerciaux".

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