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12/12/2013 10:06 EST | Actualisé 11/02/2014 05:12 EST

A Bangui, linceuls et lynchage dans le quartier musulman du PK-5

Sous le auvent de la mosquée Ali Baboro, quatre linceuls blancs immaculés côte à côte. Un plus petit est placé tout contre l'un d'entre eux. Ce sont les corps d'une musulmane de 25 ans et de son enfant de 7 ans. La tension était extrême jeudi au PK-5, le quartier commerçant musulman du centre de Bangui.

Plus loin sous l'auvent de l'édifice religieux, où se sont attroupés quelque 200 fidèles, deux autres corps ne pas encore enveloppés. Les visages des deux hommes sont tuméfiés, les corps lacérés. Dans un réduit, encore un autre corps.

Tous ont été tués par des chrétiens dans les quartiers voisins de Gobongo et Combattant, proches de l'aéroport, secoués ces derniers jours par une vague meurtrière de pillages et d'affrontements inter-religieux.

Une semaine après le début de l'opération militaire française Sangaris pour ramener la sécurité en Centrafrique, la haine communautaire est toujours à son paroxysme dans certains quartiers de la capitale. Et provoque en retour chez les musulmans un très vif sentiment anti-français.

"Français complices!"

Devant la mosquée, une patrouille militaire française de l'opération Sangaris passe dans l'avenue.

La foule de plusieurs centaines de personnes les invective: "Français complices!", "Venez voir (les corps)". "Traîtres! Vous aidez les chrétiens à nous tuer!". Certains brandissent le poing. Les véhicules manquent d'être encerclés par les protestataires, mais réussissent à se dégager avant que la situation ne dégénère.

"Les Français organisent le génocide. Ils sont avec les chrétiens", vocifère un adulte.

"Ce n'est pas normal. Les Français protègent les chrétiens mais pas nous (les musulmans, ndlr). On nous tue et ils ne disent rien. Il faut leur dire de nous protéger sinon ca veut dire qu'ils sont avec eux", tente de calmer un jeune musulman.

Les 1.600 militaires mènent depuis lundi une vaste opération de désarmement des milices et "groupes armés" à Bangui, qui dans les faits visent essentiellement les ex-rebelles Séléka, les seuls à évoluer en armes dans la ville.

Après avoir pris le pouvoir par les armes en mars 2013, ces combattants musulmans venus du nord du pays, ont fait subir pendant des mois de terribles exactions à la population --très majoritairement chrétienne-- de Bangui.

Pour beaucoup de Banguissois, l'arrivée des militaires français est l'occasion rêvée de se venger de ces Séléka honnis, mais également des simples civils musulmans qui, pour leur plus grand malheur, leur sont désormais associés.

De leur côté, beaucoup de Séléka, frustrés d'avoir été désarmés et cantonnés dans leurs bases sont furieux d'avoir été privés par les Français de tout moyen de se défendre --avec leurs familles et leurs proches-- face à la vindicte populaire.

"Laver le sang avec le sang!"

A l'intérieur de la mosquée Ali Baboro, l'imam Al Wassila Tidjani appelle au calme devant les corps. "Soyez patients. L'islam n'est pas fait pour la mort, pour tuer. Il ne faut pas répondre au crime par le crime, c'est mal, ce n'est pas l'islam", répète-t-il à la foule en colère.

Son discours est bien accueilli par les anciens mais de nombreux jeunes s'énervent. Foulard sur la tête, une dame éplorée arrive et raconte les circonstances de la mort de sa fille et petite-fille, dont les deux corps gisent dans la rue.

"Elles étaient dans la concession. Quelqu'un a jeté une grenade. Elle n'a pas explosé. Ma fille et sa petite sont sorties en courant de la maison et ont été tuées à coups de machette", crie-t-elle en larmes. "On va sortir faire le jihad. Je vais demander le jihad à l'imam. C'était des innocents", proteste-t-elle.

Dehors la foule a grossi et devient menaçante. A quelques dizaines de mètres, un attroupement et de la fumée. Des hommes viennent de stopper et de tuer à coups de machette un chrétien qui passait en moto, selon plusieurs témoins dignes de foi. Sa moto brûle. Il est impossible de s'approcher.

Quelqu'un crie: "On va laver le sang avec le sang!". Un autre renchérit: "Pour chaque victime innocente, on va en tuer dix".

Un attardé mental se promène. Il est chrétien. Deux hommes lui donnent des coups de pied et le poussent. On est proche du lynchage mais d'autres musulmans s'interposent pour l'éloigner, lui sauvant la vie.

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