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Ukraine: les policiers ont chargé les manifestants, ce que dénonce le Canada

11/12/2013 04:17 EST | Actualisé 09/02/2014 05:12 EST

KYIV, Ukraine - Le retrait des policiers anti-émeute de deux secteurs de la capitale ukrainienne incite l'opposition à espérer que trois semaines de manifestations commencent à éroder l'appui de la police envers le président Viktor Ianoukovitch et son gouvernement.

Iouri Lutsenko, un ancien ministre de l'Intérieur qui a rallié l'opposition, a estimé que le retrait de mercredi démontre que «seules quelques unités policières demeurent encore au service du régime».

«C'est une grande victoire», a dit le leader du principal parti d'opposition au Parlement, Arseniy Iatseniuk, lors d'un discours sur la place de l'Indépendance, à Kiev.

Mercredi soir, le président Ianoukovitch a invité les dirigeants politiques, religieux et de la société civile à participer à un dialogue national. Les leaders d'opposition n'ont pas immédiatement répondu à son offre, mais ils ont déjà réclamé qu'il renvoie son gouvernement et libère tous les manifestants arrêtés avant l'ouverture de pourparlers.

L'invitation ne spécifie pas à quel moment la rencontre aurait lieu, et certains croient qu'il s'agit simplement d'une tentative pour gagner du temps et modérer les critiques de l'Occident.

L'actuel ministre de l'Intérieur, Vitali Zakharchenko, a publié un communiqué promettant que la police ne tentera pas de démanteler le camp des manifestants. Il n'a toutefois pas expliqué pourquoi des milliers de policiers casqués et munis de boucliers avaient précédemment été déployés. Le premier ministre Mikola Azarov a lui aussi promis, mercredi, que la police n'interviendra pas contre des manifestants pacifiques.

Kiev est le théâtre de manifestations parfois violentes depuis plus de trois semaines, depuis que le président Ianoukovitch a renoncé à signer une entente politique et commerciale avec l’Union européenne pour plutôt resserrer les liens entre l’Ukraine et la Russie.

Les manifestants exigent que le président renvoie le gouvernement, qu'il en nomme un nouveau qui se consacrera à la signature d'une entente avec l'UE, qu'il libère tous les manifestants arrêtés et qu'il punisse les policiers qui ont rudoyé des manifestants pacifiques.

Des affrontements avaient éclaté pendant la nuit de mardi à mercredi, quand des policiers ont commencé à défaire les barricades érigées sur la place de l'Indépendance. Des parlementaires de l’opposition arrivés sur les lieux pour défendre le campement ont été impliqués dans les heurts. Un parlementaire s’est ainsi couché dans la neige afin d’empêcher un véhicule de la police d’avancer vers le campement.

Plusieurs personnes ont été blessées. Certains policiers ont aidé des manifestants blessés et les ont évacués.

Plusieurs milliers de protestataires ont crié «Honte!» et «On reste debout» et chanté l’hymne national ukrainien. Un manifestant, dévêtu jusqu’à la taille, s’est agenouillé avant de crier: «Arrêtez... nous sommes le peuple».

Des prêtres orthodoxes ont entonné des hymnes religieux pendant qu'une populaire chanson rock ukrainienne, dont les paroles disent notamment «Je n'abandonnerai pas sans combat», jouait à tue-tête. La chanteuse pop Ruslana est montée sur la scène pour l'hymne national.

Ailleurs, des manifestants ont versé de l'eau sur les marches du centre administratif de la ville, les couvrant rapidement de glace par une nuit où le mercure a chuté à -12 degrés Celsius. Les policiers qui tentaient de pénétrer dans l'édifice ont été contraints de battre en retraite sous les huées des manifestants.

De nouvelles tentes et de nouvelles barricades étaient en voie d'être érigées mercredi après-midi pour remplacer celles démolies par la police.

La secrétaire d'État adjointe des États-Unis, Victoria Nuland, a rencontré M. Ianoukovitch après avoir visité le camp des manifestants.

«Je lui a indiqué clairement que ce qui s'est produit ici la nuit dernière, ce qui se produit en termes de sécurité, est absolument inacceptable dans un État européen, dans un État démocratique», a-t-elle dit au terme de cette rencontre. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, était aussi présente à Kiev.

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a écrit dans un communiqué, mercredi, que la décision des autorités ukrainiennes de faire appel aux policiers antiémeute contre les manifestants pacifiques était antidémocratique et excessive. Il a ajouté qu'elle était particulièrement troublante car elle faisait suite, selon lui, à de la violence policière à l'endroit de manifestants il y a seulement quelques jours.

Stephen Harper pense que le Canada et la communauté internationale s'attendent à ce que les autorités ukrainiennes respectent et protègent le droit de leurs citoyens, y compris celui d'exprimer librement leurs opinions. Il assure que le Canada et ses alliés examineront toutes leurs options.

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