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Mariages d'enfants: entre obligation familiale et pression sociale

11/12/2013 01:31 EST | Actualisé 11/12/2013 01:49 EST
mahesh hariani via Getty Images

Le Huffington Post Québec ouvre son espace à la diffusion d'articles d'étudiants universitaires en journalisme. Nous publions ici un texte d'Andréanne Apablaza, étudiante en journalisme à l'UQAM.

En Inde, près d’une fille sur deux est mariée avant l’âge de 18 ans, indique l'UNICEF. Les mariages d’enfants, qui touchent essentiellement les fillettes, sont une atteinte aux droits de la personne très répandue dans le monde. Cette violation affecte tous les continents, mais l’Inde demeure un cas où la pratique est très répandue. Sur les 10 millions d’épouses enfants dans le monde, un tiers se trouve dans le sous-continent.

Lors d’une conférence organisée à l’UQAM par Le Centre d’études et de recherche sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora (CERIAS – UQAM) en partenariat avec le Pôle de recherche sur l’Inde et l’Asie du Sud (PRIAS), Karine Bates, professeure agrégée à l’Université de Montréal et directrice du PRIAS, a expliqué la complexité des mariages arrangés et forcés indiens.

«Il existe une énorme pression sur les parents de marier leurs jeunes filles. Ce n’est pas une question de vouloir se débarrasser de leur fille, c’est beaucoup plus complexe que ça», explique la professeure d’anthropologie. Selon elle, on doit d’abord tenter de comprendre cette logique pour ensuite saisir le phénomène des mariages d’enfants en Inde.

«Marier ses filles en bas âge fait partie des obligations et du maintien de la notion cruciale de réputation. Autant celle de la famille, que potentiellement celle du village entier», explique la conférencière. Une mauvaise réputation en Inde peut réellement détruire une vie et celle d’une famille. À l'inverse, une bonne réputation peut aussi hausser la classe sociale ou la «caste», pour les communautés hindoues, dans laquelle se trouve une famille. «Si une mère marie ses filles et qu’elles contractent un bon mariage, dans une bonne famille avec un époux d’un bon statut, elle lance le signal qu'elle a bien élevé ses filles et qu'elle a une bonne famille, donc une bonne réputation», illustre Karine Bates.

«Cette nécessité de marier sa fille jeune s’explique par différentes préoccupations, familiales comme sociales», dit la professeure. Selon elle, l’union entre deux époux représentera davantage un choix collectif qu’un choix individuel, à l'occidentale. «En Inde, le mariage se fait entre deux familles, voire deux villages, et non entre deux individus», précise-t-elle.

La pureté d’une jeune épouse est primordiale lors de son alliance. «Une grande importance accordée à la virginité de l’épouse lors du mariage est encore une préoccupation importante, qui est une forme de contrôle sur la jeune fille, sur sa sexualité et sur sa mobilité», explique Karine Bates. Cette valeur de la virginité des fillettes est d’ailleurs un facteur qui influence la précocité du mariage pour nombre d’entre elles. Plus le mariage est tôt dans la vie d’une future épouse, «plus sa pureté est assurée», dit-elle.

«L’Inde change, l’Inde bouge, mais les questions et les préoccupations liées au mariage sont encore éminemment présentes. Et ce, dans toutes les couches et toutes les classes de la société», raconte Karine Bates. Selon elle, l’Inde vit présentement certaines transformations, particulièrement dans sa mentalité. Malgré tout ce qu’on connaît de la situation de la femme dans le sous-continent, la vague de changement est bien réelle, dont le flot démarre des Indiennes elles-mêmes.