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Houda Rihani: le parcours à obstacles d'une artiste immigrante

11/12/2013 02:42 EST
M. Rihani

Le Huffington Post Québec ouvre son espace à la diffusion d'articles d'étudiants universitaires en journalisme. Nous publions ici un texte d'Annabelle Caillou, étudiante en journalisme à l'UQAM.

De nombreux artistes qui immigrent au Québec sont contraints de faire une croix sur leurs anciens succès et de repartir à zéro en espérant retrouver reconnaissance et notoriété d’autrefois.

Des rêves plein la tête, Houda Rihani, comédienne d’origine marocaine, est arrivée au Québec en juin 2012. Les bras grands ouverts pour son nouveau pays d’accueil, enthousiaste à l’idée de continuer sa carrière dans un environnement culturel différent, la comédienne a dû faire face à la réalité. Malgré ses diplômes et son expérience professionnelle au Maroc, Houda Rihani a vu sa carrière réduite à néant en mettant un simple pied au Québec.

Elle se souvient, les larmes aux yeux, de la première fois qu’elle s’est présentée à l’Union des artistes (UDA), passage obligé pour être reconnu dans le milieu. «Toute confiante, avec toute la naïveté du monde, j’ai ramené mon portfolio. On m’a fait comprendre que tout ça ne servirait à rien. C’est 15 ans de travail qui sont passés aux oubliettes.»

Hors de question d’abandonner pour Houda Rihani. «Je me suis renseignée sur la culture québécoise, je passais mes journées sur les réseaux sociaux pour connaître les gens du milieu», précise-t-elle.

D'après la professeure en sociologie à l’Université du Québec à Montréal Myriame Martineau, le nœud du problème réside dans la double intégration vécue par les artistes immigrants; ils doivent s’intégrer comme artiste et citoyen. «Il y a des codes et habitudes à prendre pour devenir Québécois. Il faut également connaître les courants artistiques et le fonctionnement du système culturel ici», explique-t-elle. Mme Martineau constate, par exemple, que certains n’ont pas le réflexe de demander une subvention pour réaliser leur projet artistique, alors que c’est une pratique courante dans la province.

Une diversité qui se fond dans le décor

S’adapter à un nouveau milieu culturel n’est jamais chose facile, encore moins au Québec, selon Myriame Martineau. «La culture québécoise est continuellement en redéfinition», soutient-elle. Mais les artistes immigrants pourraient justement y trouver leur place. «Le Québec est multiple. Il est constitué de plusieurs communautés qui, ensemble, forment un ''Nous''.»

Selon Jérôme Pruneau, le directeur général de l’organisme Diversité artistique Montréal (DAM) – qui soutient les artistes montréalais de toutes origines – il reste du chemin à parcourir avant que les artistes immigrants ne bénéficient d’une visibilité égale à celle des Québécois de «souche». À ses yeux, le multiculturalisme québécois est trop récent pour pouvoir favoriser la visibilité des artistes immigrants. «Les Québécois n’ont pas encore ce réflexe de penser diversité.»

Si davantage de personnes d’origine étrangère intégraient les instances décisionnelles culturelles, les artistes des différentes communautés culturelles seraient plus sollicités, selon lui.

Sortir de l’ombre

Houda Rihani reste optimiste. «Je participe à plein d’activités culturelles, souligne-t-elle. Je suis membre de plusieurs organismes, j’assiste aux soirées réseautage.»

Pour pallier le manque de visibilité dans les médias et les réseaux traditionnels, les artistes de la diversité se tournent vers des réseaux «souterrains», moins diffusés, explique Myriame Martineau. «C’est à travers différents organismes culturels qu’ils vont connaître du monde et mettre un pied dans l’univers artistique québécois», indique-t-elle.

Houda Rihani est notamment membre de DAM. À travers des conseils personnalisés, des activités de réseautage et un suivi de l’actualité artistique locale, l’organisme accompagne les artistes de la diversité dans leur adaptation aux exigences des institutions culturelles québécoises. «Grâce à DAM j’ai appris à rédiger un CV québécois et à créer mon propre réseau», témoigne la comédienne.

À la suite de ses recherches, Houda Rihani a trouvé un agent et décroché son premier rôle dans un film au Québec en juillet dernier. «Je suis officiellement stagiaire à l’UDA, c'est une ligne de plus sur le CV, mais je ne suis pas plus sollicitée pour autant», remarque-t-elle.

Houda Rihani a également commencé des études en gestion des organismes culturels à HEC Montréal en septembre dernier. Bien qu’elle garde espoir pour sa carrière artistique au Québec, elle préfère prévoir un plan B.