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GM cessera à son tour de produire en Australie

11/12/2013 06:47 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

General Motors a annoncé mercredi qu'il arrêterait toute construction de voitures en Australie d'ici 2017, une décision susceptible de mettre en péril tout le secteur automobile du pays puisqu'elle pourrait inciter Toyota à faire de même.

Évoqué par la presse australienne dès la semaine dernière, le départ de GM d'Australie porte, de manière générale, un rude coup à une industrie manufacturière du pays dont la santé n'est déjà guère florissante.

« Quelle que soit la manière dont nous regardons les chiffres, une activité de construction et d'assemblage de voitures dans ce pays n'est simplement pas rentable sur le long terme », a déclaré Mike Devereux, directeur général de Holden, la marque australienne du constructeur américain.

Ce dernier avait pourtant dit la veille qu'aucune décision n'avait encore été prise au sujet de Holden, précisant toutefois que le soutien de l'État était nécessaire à la survie de l'entreprise.

Dans un communiqué, Dan Akerson, le PDG de GM, explique la fin de la production australienne du groupe par une conjonction d'influences négatives pesant sur l'industrie automobile du pays, dont la vigueur persistante du dollar local, des coûts élevés de fabrication et un marché domestique de taille modeste, fragmenté et très concurrentiel.

Ford avait évoqué les mêmes raisons lorsqu'il avait annoncé en mai son intention de fermer ses deux usines australiennes en octobre 2016. Mitsubishi Motors est de son côté sorti du pays en 2008.

Avec les départs programmés de Ford et de General Motors, Toyota sera le dernier grand constructeur à avoir des activités de production sur place.

L'industrie automobile australienne, avec ses quelque 150 fournisseurs de pièces et d'équipements, représente actuellement plus de 50 000 emplois directs et quelque 200 000 emplois indirects.

« Il faut deux manufacturiers pour arriver à une masse critique. Si l'on n'on arrive plus à cette masse critique, tous les éléments de la chaîne tombent comme des dominos », a déclaré Nick Xenophon, sénateur indépendant.

Dave Smith, un responsable du syndicat représentant les travailleurs du secteur manufacturier australien, s'est dit « quasiment persuadé » que Toyota prendrait la même voie que GM et quitterait le pays.

Pressions sur le gouvernement

Toyota, qui avait dit précédemment qu'il prendrait une décision sur le devenir de ses sites industriels en Australie en 2014, a déclaré que la décision de GM faisait peser une « pression sans précédent sur notre réseau de fournisseurs locaux et notre capacité à construire des voitures en Australie ».

Le constructeur japonais est actuellement en train de négocier avec les syndicats une modification des conditions de travail dans le pays, en vue de parvenir à la fois à une augmentation de la productivité et à une réduction des coûts. Un vote des salariés à ce sujet est attendu mardi.

Warren Truss, vice-premier ministre australien, a dit qu'il était important d'offrir à Toyota toutes les opportunités lui permettant de traverser « ces temps difficiles ».

La sortie de GM d'Australie va accentuer la pression sur la coalition conservatrice arrivée au pouvoir en septembre pour soutenir un secteur manufacturier qui a vu fondre ses effectifs de 10 % en 10 ans sous le coup de la vigueur du dollar australien.

Ceci étant, le premier ministre Tony Abbott avait clairement laissé entendre la semaine dernière que le gouvernement ne verserait plus un sou à Holden, une marque dont les origines remontent au milieu du XIXe siècle. Il avait également rejeté l'appel à l'aide lancé par la compagnie aérienne Qantas.

Après avoir été portée par un boom minier de plus de 10 ans, qui a fait de l'Australie la douzième économie mondiale en termes de produit intérieur brut (PIB) en 2012, l'activité du pays est entrée dans une phase de ralentissement.  

Il se vend environ 1,1 million de véhicules neufs chaque année en Australie. Sur ce total, la part représentée par des voitures assemblées dans le pays est tombée à moins de 25 % alors qu'elle était encore de 35 % en 2005.

GM a précisé qu'il passerait dans ses comptes du quatrième trimestre 2013 une charge exceptionnelle de 400 à 600 millions de dollars liée à la fermeture de ses deux usines australiennes, qui emploient au total 2900 personnes.

Holden, une entreprise qui fabriquait des selles à sa création en 1856, revendique une part de marché de 10 % en Australie. La société, qui a accusé une perte de 153 millions de dollars australiens en 2012, emploie actuellement près de 4000 personnes en tout.

Dans le cadre d'une vaste réorganisation de ses circuits de fabrication et de distribution, General Motors pourrait réorienter une partie des exportations de ses usines sud-coréennes vers l'Australie après la décision, annoncée jeudi par le constructeur, d'abandonner la marque Chevrolet en Europe.

Reuters

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