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L'escouade montréalaise anticorruption est absorbée par son pendant provincial

10/12/2013 03:28 EST | Actualisé 09/02/2014 05:12 EST

MONTRÉAL - L'Escouade de protection de l'intégrité municipale (EPIM), la petite soeur montréalaise de l'UPAC, n'aura pas eu le temps de célébrer son premier anniversaire.

Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, a annoncé mardi que l'EPIM et sa vingtaine de membres seraient absorbés par l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Loin d'être un aveu d'échec, l'intégration de l'escouade montréalaise permettra aux deux brigades de gagner en efficacité, a plaidé le ministre Bergeron.

«Si, effectivement, on avait fait un constat d'échec par rapport à l'EPIM, on aurait tout simplement fermé les portes. On aurait mis un terme à l'expérience», a-t-il assuré en conférence de presse à l'hôtel de ville.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, voit également la chose d'un bon oeil. Il estime en outre qu'il s'agit d'une «alliance d'expertises» fort prometteuse.

«Le nerf de la guerre, dans la lutte contre la corruption, c'est l'échange d'informations, mais c'est aussi la sensibilité du territoire», a-t-il fait valoir.

«Cette alliance-là va créer des résultats encore plus importants, à mon avis. C'est un fleuron supplémentaire pour Montréal. On envoie un message très clair, justement, qu'on veut faire lutte commune contre le crime organisé», a ajouté M. Coderre.

Selon le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, ce nouveau partenariat devrait contribuer à «faire en sorte que Montréal, et le Québec en général, deviennent des lieux parmi les plus inhospitaliers au monde pour les corrupteurs et les corrompus».

«D'ici peu, lorsque la démonstration sera faite (...) que la collusion n'est plus à l'oeuvre (...), nous pourrons exporter nos bonnes pratiques montréalaises et québécoises (en matière de lutte anticorruption)», a déclaré M. Lisée.

L'annonce a cependant été mal accueillie par le chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Richard Bergeron, qui s'est montré irrité de constater que les citoyens de Montréal continueraient à éponger la facture.

«Aujourd'hui on a confirmation que même après l'intégration de l'EPIM à l'UPAC, les Montréalais continueront de payer pour les services de l'EPIM. Alors moi, je cherche la bonne nouvelle dans tout ça», a-t-il lâché lors d'une mêlée de presse impromptue.

La vingtaine de membres de l'escouade montréalaise, à l'emploi du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), se retrouvent dès maintenant sous le parapluie de l'UPAC.

Le ministre de la Sécurité publique a assuré mardi que les policiers de la brigade continueraient à se dédier à la lutte anticorruption sur le territoire montréalais et que le chef du SPVM, Marc Parent, reste «le patron organique» de l'EPIM.

Le commissaire de l'UPAC sera quant à lui responsable du volet de la coordination, a indiqué Stéphane Bergeron.

Même après que les propos du ministre lui eurent été relayés, le chef de Projet Montréal est demeuré sceptique, se demandant à voix haute à quels ordres se soumettraient les agents.

«Des policiers, ça obéit à leurs autorités. Qui sera leur autorité? On perd le contrôle, mais on garde la facture, a dit Richard Bergeron. Si leur autorité leur dit d'aller enquêter à Saint-Lazare, ils vont aller enquêter à Saint-Lazare.»

L'escouade montréalaise avait été créée à la mi-janvier 2013 par le maire de l'époque, Michael Applebaum, qui a dû lui-même démissionner de son poste après avoir été visé par des accusations notamment de fraude, de complot et de corruption.

Dotée d'un budget de près de 3 millions $, l'EPIM a pour mission d'enquêter sur l'octroi de tous les types de contrats à Montréal, les élus, les fonctionnaires et les fournisseurs de services de la Ville. Ses policiers avaient même le pouvoir d'inspecter les chantiers de construction.

La mise sur pied de cette unité avait été plutôt mal accueillie par les responsables de l'UPAC, dont le mandat était pratiquement le même mais sur l'ensemble du territoire québécois, incluant Montréal.

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