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Le maire Ford fait des allusions graves à l'endroit d'un journaliste

10/12/2013 04:32 EST | Actualisé 08/02/2014 05:12 EST

TORONTO - Le maire de Toronto, Rob Ford, a déclenché une nouvelle controverse — et la menace d'une poursuite judiciaire — en semblant accuser un journaliste d'avoir des tendances pédophiles.

Le journaliste du Toronto Star Daniel Dale a dénoncé les allusions du maire comme étant «catégoriquement fausses», se disant sans mots à l'égard de tels propos tenus par le maire de la plus grande ville au pays.

Le maire Ford, éclaboussé par divers scandales et qui a perdu la plupart de ses pouvoirs à la mairie, a fait ces allusions lors d'une entrevue diffusée lundi soir sur Vision TV, alors qu'il était interviewé par le coanimateur de l'émission «The Zoomer», l'ex-magnat des médias Conrad Black.

Devant les médias, mardi, M. Ford a refusé de s'excuser auprès du journaliste ou d'expliquer plus en détails ces commentaires.

«Je maintiens ce que j'ai dit à Conrad Black, a affirmé M. Ford en conférence de presse, en élevant la voix. Je maintiens chaque mot que j'ai prononcé.»

À un certain moment durant l'entrevue, M. Black a demandé l'avis de M. Ford sur l'intrusion des médias dans sa vie familiale, et le maire de Toronto a accusé M. Dale pour un incident survenu en mai 2012.

M. Ford avait confronté le journaliste à l'extérieur de sa maison dans un parc adjacent que le maire envisageait d'acquérir.

En entrevue, le maire a relaté que M. Dale était «dans sa cour arrière en train de prendre des photos».

«J'ai de jeunes enfants. Il prend des photos de jeunes enfants, a dit M. Ford. Je ne veux pas dire le mot, mais vous commencez à songer à ce qui motive cet homme.»

Durant la conférence de presse, mardi, des journalistes ont demandé à M. Ford de spécifier «le mot» auquel il faisait référence.

«Si vous regardez l'entrevue, vous saurez ce que j'ai dit, a dit le maire avec hargne. Si vous regardez l'entrevue avec Conrad Black, en fait il y en a eu deux... J'espère que vous avez vu les deux, et je maintiens chaque mot que j'ai dit à M. Black dans mon entrevue.»

Plus tôt, son frère, le conseiller municipal Doug Ford, affirmait que le maire n'avait pas laissé entendre que M. Dale était un pédophile.

M. Dale a affirmé qu'il n'avait jamais pris des photos de membres de la famille du maire, de son domicile ou même de sa propriété — et une enquête de la police corrobore cette version. Il a affirmé que les avocats du Toronto Star évaluaient les options possibles.

Ni Vision TV ni M. Black — qui a purgé 37 mois dans une prison de la Floride après avoir été condamné aux États-Unis pour fraude et entrave à la justice — n'ont répondu à une requête pour commenter, mardi.

Le maire adjoint, Norm Kelly, qui assume la plupart des pouvoirs du maire, a dénoncé les commentaires de M. Ford. «Il ne s'agit pas seulement de propos regrettables du maire, mais je crois que c'est totalement faux (...) Je crois qu'il devrait y avoir des excuses pour (de tels propos)», a-t-il fait valoir.

Le rédacteur en chef du Toronto Star, Michael Cooke, a répondu par communiqué que le maire s'était surpassé avec une autre «atrocité», et que cela en disait beaucoup sur l'état d'esprit de M. Ford.

Le chef de police visé

Après avoir nié à maintes reprises, M. Ford a surpris tout le monde — voire le monde entier —, le mois dernier, en admettant avoir fumé du crack il y a un an alors qu'il était dans un état d'ébriété extrême.

Le maire fait aussi face à des allégations selon lesquelles il aurait offert à des membres de gangs criminalisés de l'argent et une voiture en échange d'une vidéo montrant cet épisode de crack. Ces allégations n'ont pas été prouvées en cour.

Également lors de cette entrevue à Vision TV, le maire Ford a imputé certaines des controverses dont il fait l'objet à des divergences politiques avec le directeur de la police de Toronto, Bill Blair.

Le maire a précisé que lorsque son administration a imposé des coupes budgétaires à tous les services municipaux, le chef de police n'a pas aimé se faire dire que son service devait être plus efficace.

M. Ford a ajouté que son ami et chauffeur à temps partiel Alexander Lisi était utilisé comme instrument de dénigrement contre lui.

Lisi, âgé de 35 ans, a été accusé de trafic de marijuana, de possession de produits de la criminalité, de possession de marijuana et de complot en vue de commettre une infraction. Il est aussi accusé d'extorsion pour avoir supposément menacé deux hommes en tentant de s'emparer de la vidéo compromettante.

Bill Blair a quant à lui déjà rejeté les allégations du maire Ford, affirmant que son travail était d'enquêter sans influence de quiconque et sans crainte de qui que ce soit.

Dans l'entrevue que Vision TV a enregistrée la semaine dernière, le maire Ford s'est aussi dit prêt à fournir immédiatement des échantillons afin de prouver qu'il n'a ni drogue ni alcool dans son organisme.

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