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«Ma vie après le sport» : les souvenirs doux-amers d'Annie Pelletier

10/12/2013 10:57 EST | Actualisé 09/02/2014 05:12 EST
TIMOTHY CLARY via Getty Images
MAR DEL PLATA, ARGENTINA - MARCH 13: Annie Pelletier of Canada waves after receiving her gold medal and flowers for winning the women's 3-meter diving competition 13 March at the Pan American Games in Mar del Plata, Argentina (COLOR KEY: Medal is gold.) AFP PHOTO (Photo credit should read TIMOTHY CLARY/AFP/Getty Images)

Été 1996. Annie Pelletier revient des Jeux olympiques d'Atlanta, médaille de bronze en main pour ses accomplissements au tremplin de trois mètres. À peine descendue de l'avion, la jeune femme de 22 ans est happée par l'appareil médiatique québécois. Elle prend sa retraite du sport professionnel en septembre, mais devient rapidement une vedette et on la voit un peu partout. Elle prend même part au Bye Bye 1996. En mai 1997, elle entame les tournages de l'émission La vie est un sport dangereux, dont elle est l'animatrice, à TVA.

De cette époque où elle était de toutes les tribunes, Annie Pelletier conserve un souvenir doux-amer, dont elle parlera en long et en large dans la série documentaire Ma vie après le sport, que diffusera Télé-Québec en janvier, et qui s'intéresse à la vie des athlètes une fois leur parcours sous les projecteurs terminé. L'ex-championne n'hésite pas à l'affirmer haut et fort : on a beaucoup «pressé le citron» et mis de la pression sur ses épaules. Sans nommer ni accuser personne, Annie martèle qu'on ne lui a pas fourni les outils nécessaires pour s'épanouir et exceller sur les plateaux de télévision, et qu'on entretenait envers elle de très grandes attentes.

«Avec le recul, je pense à cette période avec fierté, mais avec ressentiment, aussi, parfois, a-t-elle relaté au visionnement de presse de la série, lundi. Avec émotion, en fait. J'avais 22 ans, j'avais gagné une médaille olympique et, visiblement, on trouvait que j'étais télégénique, spontanée, que j'avais des choses à dire. On m'a offert d'animer une émission de télévision, dans laquelle j'ai plongé avec toute la candeur d'une fille de 22 ans qui a le goût de faire de la télé, de foncer et d'apprendre.»

«Mais ça n'a pas toujours été facile, a-t-elle poursuivi. Je n'ai pas été coachée de la même façon que j'avais été coachée comme athlète, alors, forcément, je n'ai pas eu les mêmes résultats. J'aurais aimé être davantage encadrée, suivie de près. Pas qu'on me dise seulement que j'aurais dû faire ci ou ça une fois le tournage terminé. Mais, comme on dit souvent, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. J'ai compris que je devais améliorer ma diction, ma pose de voix, que je devais acquérir des techniques d'entrevue, mieux écouter. Quand tu fais une entrevue avec quelqu'un, tu partages un peu ton vécu. Mais moi, je sortais littéralement de la piscine! J'avais encore les cheveux mouillés, et on me criait 3, 2, 1 action! Je peux dire que c'a été toute une école! Une école de communication, et une école de vie, aussi.»

Un cadeau de la vie

Annie Pelletier admet donc avec franchise qu'elle n'était pas prête à entamer une carrière dans les communications. Elle reconnaît aussi que personne, dans son entourage, n'avait pris soin de la mettre en garde contre les risques du métier et les dangers de surmenage. Dans ses années de grande visibilité médiatique, l'athlète comptait sur le support de trois commanditaires, soit les restaurants McDonald's, les jus FBI et la chaîne de magasins Les ailes de la mode, ce qui l'amenait à courir d'un événement à l'autre et à travailler sept jours sur sept, en plus de ses engagements au petit écran.

«Avec le recul, c'est toujours plus facile de dire "j'aurais dû". Je le dis sans aucune prétention, mais, à ce moment-là, j'avais le feeling qu'il fallait que je prenne des cours. Je n'arrêtais pas de demander si je devrais me perfectionner, aller à l'école Promédia... Mais il faut presser le citron quand il est frais et juteux. J'étais hot à cet instant, et je n'avais pas le temps de prendre six mois ou un an pour aller faire mes classes et attendre. Il fallait battre le fer pendant qu'il était chaud! C'est un peu le même principe que les vedettes de téléréalité. J'aurais aimé être davantage entourée, encadrée, et avoir un meilleur gérant. C'a été très, très exigeant, mais je n'ai pas tant de regrets. Seulement quelques-uns, qui ont été des blessures profondes, mais on en a tous.»

Aujourd'hui, à 39 ans, Annie Pelletier œuvre depuis neuf ans comme directrice des communications à la Fondation de l'athlète d'excellence du Québec, un boulot qu'elle adore. «Ce travail, c'est le plus beau cadeau que la vie m'a envoyé», a-t-elle souri. Elle fait du sport pour le plaisir, «pour [son] équilibre», dit-elle, et, tous les quatre ans, elle agit comme analyste aux Jeux olympiques d'été. Mais la caméra ne lui manque pas du tout.

«J'ai été un peu traumatisée, je manque de confiance à certains égards. Pour mon travail, je dois parfois interviewer des gens et je déteste ça. Et j'anime les événements de la Fondation, mais il n'y en a qu'une quinzaine par année, et c'est plus une source de papillons que d'angoisse. J'ai une vie beaucoup plus calme, maintenant, moins angoissée, j'ai moins de pression par rapport à l'image.»

Ma vie après le sport prendra l'antenne de Télé-Québec le 7 janvier prochain.