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La police ukrainienne encercle les manifestants à Kiev

09/12/2013 07:21 EST | Actualisé 08/02/2014 05:12 EST

KIEV, Ukraine - Des policiers anti-émeute ukrainiens lourdement armés ont fait irruption lundi dans les bureaux d'un parti de l'opposition, au centre de Kiev, et saisi du matériel informatique, pendant que des manifestations antigouvernementales paralysaient de nouveau la capitale.

Des centaines de policiers avaient précédemment commencé à démanteler certaines des tentes et barricades qui bloquent l'accès à des édifices gouvernementaux.

Un membre du Parti de la patrie, Ostap Semerak, a expliqué à l'Associated Press que des policiers ont pénétré lundi soir dans les bureaux de la formation. Certains policiers seraient même entrés par les fenêtres.

«Ils nous attaquent. Les images sont incroyables», a-t-il lancé au téléphone.

Les policiers sont repartis après avoir confisqué de l'équipement informatique, a-t-il ajouté.

Une autre membre du parti, Marina Soroka, a affirmé que des policiers avaient entouré plusieurs médias ukrainiens favorables à l'opposition, rendant leurs sites Web et ceux d'autres médias inaccessibles.

L'intervention des policiers anti-émeute a suscité des craintes d'une répression violente des manifestants.

Les policiers sont intervenus en au moins deux endroits, dans le centre de la capitale.

Les policiers se sont déployés autour de l'hôtel de ville de Kiev, qu'un tribunal avait ordonné aux manifestants d'évacuer avant lundi. Les policiers ont aussi bloqué les accès à la place de l'Indépendance, qui est au coeur des manifestations.

Des prêtres orthodoxes aux robes noires étaient sur place lundi. Certains chantaient des prières et d'autres discutaient avec la police pendant que d'importantes chutes de neige tombaient sur la capitale.

Certains manifestants qui craignaient une intervention de la police sont sortis de l'hôtel de ville. D'autres, plus radicaux, se sont barricadés à l'intérieur. Ils étaient armés de planches, de barres de fer et de bouteilles d'huile pour nuire à la progression des policiers en cas d'attaque.

Un des leaders de l'opposition, Arseniy Iatseniuk, a lancé un appel au calme, déclarant aux milliers de personnes rassemblées sur la place de l'Indépendance que les policiers ont reçu l'ordre de ne pas attaquer le camp, mais de l'empêcher d'être ravitaillé en vivres et en bois de chauffage.

«Je m'adresse à tous les Ukrainiens: vous devez vous rendre au coeur du Maidan (la place de l'Indépendance)», a-t-il déclaré.

Certains militants se sont approchés des policiers pour les inviter à rejoindre leurs rangs ou même pour leur offrir de la nourriture.

Un autre leader de l'opposition, le champion de boxe Vitali Klitschko, a lancé une mise en garde aux autorités.

«Nous demandons aux forces de l'ordre de ne pas avoir recours à la force contre des manifestants pacifiques», a-t-il dit en tentant d'empêcher les policiers de démonter les tentes.

Plusieurs dirigeants, dont l'ambassadeur américain Geoffrey Pyatt et le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso, ont appelé le gouvernement ukrainien à la retenue et demandé que soient tolérées des manifestations pacifiques.

Pour sa part, le politologue Volodimir Fesenko a estimé que la présence policière visait surtout à intimider les manifestants, mais que le potentiel de violence demeure élevé.

«Pour le moment ils essaient de faire peur au Maidan et aux résidants de Kiev, mais le risque d'une intervention musclée est très présent», a-t-il dit.

Plus tôt pendant la journée de lundi, le président Viktor Ianoukovitch avait accepté de tenir des pourparlers avec les trois ex-présidents de son pays afin de désamorcer la crise politique qui y perdure.

Il a annoncé sur son site web que la réunion, qualifiée de «table ronde nationale», aura lieu mardi.

La responsable de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, sera pour sa part dans la capitale ukrainienne mardi et mercredi. Elle tentera de contribuer à la recherche d'une solution pour régler la crise.

Le président Ianoukovitch est confronté aux plus grandes manifestations de l'opposition depuis la Révolution orange de 2004, après avoir choisi de geler les liens de son pays avec l'Union européenne afin de se rapprocher de Moscou.

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