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Centrafrique : retour au calme dans les rues de Bangui

09/12/2013 06:11 EST | Actualisé 08/02/2014 05:12 EST

L'opération de désarmement des milices menée par les soldats français lundi semble avoir porté ses fruits en République centrafricaine.

La plupart des groupes armés ont quitté les rues et la population de Bangui n'est plus menacée, ont assuré lundi soir les forces françaises de l'opération Sangaris chargées de désarmer les miliciens.

À deux reprises au cours de la journée, des échanges de tirs ont eu lieu. Les miliciens du groupe Séléka refusaient de rendre leurs armes malgré les injonctions des forces françaises.

On ignore si ces échanges de tirs ont fait des victimes, mais selon le porte-parole de l'état-major des armées françaises, les forces de Sangaris auraient atteint leur objectif de désarmement.

Plus tôt lundi, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait affirmé que le désarmement n'était « pas un travail facile », parce que les miliciens se mêlaient à la population civile.

Les violences ont fait plus de 450 morts au cours des trois derniers jours à Bangui, selon un bilan de la Croix-Rouge.

Quelque 1600 soldats français sont maintenant déployés en République centrafricaine. Ils doivent, en vertu d'un mandat de l'ONU, soutenir la force de l'Union africaine sur place pour rétablir la sécurité dans ce pays en proie au chaos depuis un coup d'État, en mars dernier, qui a porté Michel Djotodia au pouvoir.

Des violences intercommunautaires et interreligieuses entre chrétiens (80 % de la population) et musulmans ont éclaté depuis la prise du pouvoir par la Séléka, coalition rebelle à dominante musulmane, qui aurait perdu le contrôle d'une partie de ses troupes, qui s'en est pris à la population chrétienne.

Cette lecture communautaire et religieuse du conflit en Centrafrique ne fait toutefois pas l'unanimité. « C'est bien plus compliqué », affirme Su'ad Jarbawi, directrice en République centrafricaine de Mercy Corps, une ONG qui réclame davantage de participation de la part de la communauté internationale.

Pour elle, il s'agit plutôt « d'un groupe armé contre un autre luttant pour l'accès aux ressources, l'un appartenant à une religion et l'autre à une autre » religion.

Terreur et lynchages

Traumatisés par les massacres des derniers jours, les habitants de Bangui attendaient lundi que les militaires français se déploient dans les quartiers pour neutraliser les groupes armés qui terrorisent la population.

Des scènes de lynchage et de pillage ont été rapportées dans la capitale. Une foule aurait attaqué à un homme accusé d'appartenir à Séléka après que des armes aient été trouvées dans une maison du quartier Castor. Dans une mosquée du quartier PK 5, deux hommes auraient été battus à mort par des chrétiens.

« Nous sommes une force impartiale », a précisé le colonel Jaron, expliquant que les soldats français avaient pour instruction de saisir toutes les armes sur lesquelles ils tombaient, bien que l'opération visait expressément les miliciens de Séléka.

Il y a quelques jours, les combattants armés de Séléka parcouraient les rues de Bangui à pied ou à bord de pick-up bondés. Ils ont été à l'origine de nombreuses exactions dans le conflit.

Dans des quartiers de la Croix-Rouge, l'odeur des cadavres en décomposition était toujours insupportable.

Aide américaine

Sollicité par la France, Barack Obama a promis lundi que les États-Unis allaient soutenir les efforts français et africains pour protéger les civils et rétablir la situation.

Washington a donné son feu vert à l'octroi d'avions militaires américains pour transporter des troupes stationnées au Burundi jusqu'en Centrafrique.

« Vous, fiers citoyens de République centrafricaine, avez le pouvoir de choisir un autre chemin », a dit M. Obama dans un message enregistré depuis Air Force One.

Les dignitaires chrétiens et musulmans « appellent au calme et à la paix », a-t-il ajouté. « J'invite le gouvernement de transition à se joindre à eux et à arrêter ceux qui commettent des crimes. »

L'archevêque chrétien de Bangui est quant à lui intervenu pour demander à ses fidèles de résister à tout désir de vengeance.

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