POLITIQUE
09/12/2013 05:30 EST | Actualisé 08/02/2014 05:12 EST

Le Canada va cartographier le Pôle Nord et y défier la Russie

Gordon Wiltsie via Getty Images

MONTRÉAL - Le Canada va cartographier les fonds marins de l'Arctique pour tenter de défier la Russie avec laquelle il se dispute la souveraineté sur le Pôle Nord.

En commandant des études scientifiques supplémentaires, le Canada veut prouver que "la dorsale de Lomonossov" constitue bien une avancée du plateau continental canadien et revendiquer ainsi le pôle Nord, selon le dossier présenté lundi par le gouvernement et déposé vendredi à une commission spécialisée des Nations unies.

C'est au sommet de cette chaîne de montagne sous-marine qui traverse l'océan Arctique sur 1 800 km de long, entre les eaux sibériennes et l'île canadienne d'Ellesmere, qu'une mission russe avait déployé à l'été 2007, par 4 200 mètres de profondeur, à la hauteur du Pôle Nord, le drapeau blanc, bleu et rouge de la Russie.

A l'époque, cette opération très médiatisée avait mis en valeur la suprématie russe dans le Grand Nord (Ottawa ne dispose d'aucun port en eau profonde à ces latitudes ni de brise-glace nucléaire) et suscité l'ire du gouvernement canadien de Stephen Harper.

Au pouvoir depuis 2006, les conservateurs de M. Harper ont fait de la défense de la souveraineté canadienne sur l'Arctique un pilier de leur politique.

"Le Nord est un élément essentiel de l'héritage collectif et de l'avenir du Canada", avec l'objectif d'en "faire une région dynamique, prospère et sûre au sein d'un Canada fort et souverain", a ainsi rappelé lundi la ministre pour le Développement du Nord, Leona Aglukkaq, elle-même d'origine inuit.

Regain d'intérêt pour les richesses de l'Arctique

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) offrait une belle occasion aux troupes de M. Harper de rappeler leurs prétentions nordiques.

Cet organe onusien permet aux États côtiers de faire reconnaître des droits souverains sur les ressources naturelles des fonds marins du plateau continental, au-delà de la limite des eaux territoriales des 200 miles marins. Ottawa avait jusqu'à vendredi dernier pour déposer ses demandes, étayées par des preuves techniques.

Toutefois, malgré les six années qui se sont écoulées depuis la mission scientifique russe, le gouvernement de M. Harper n'avait pas rassemblé suffisamment de données pour revendiquer auprès de l'ONU la pleine souveraineté sur le point le plus au nord de la planète.

Selon la presse locale, le cabinet de M. Harper a même demandé à la dernière minute aux diplomates chargés du dossier d'y plancher à nouveau pour inclure le pôle Nord au dossier.

"Le Canada a transmis des données préliminaires concernant les limites extérieures de son plateau continental dans l'océan Arctique. Les travaux visant à déterminer l'étendue complète de notre plateau continental dans l'Arctique se poursuivent", a indiqué le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird.

Les règlements de la Convention sur le droit de la mer permettant d'amender une revendication initiale, instructions ont été données aux scientifiques canadiens "de compléter la cartographie de la dorsale de Lomonossov", a précisé lundi le ministère des Affaires étrangères.

Il va falloir "entreprendre des travaux scientifiques considérables pour définir les limites extérieures d'un plateau continental de cette taille", a reconnu Ottawa.

En plus de la Russie et du Canada, le Danemark a également revendiqué dans le passé la souveraineté sur le Pôle Nord.

L'intérêt croissant pour cet océan septentrional s'explique par les perspectives grandissantes offertes par la fonte des glaces.

Le trafic maritime entre l'Asie et l'Europe pourrait s'accélérer. Par ailleurs, le sous-sol de cette région pourrait contenir 22% des réserves mondiales d'hydrocarbures conventionnelles non découvertes.

La prospection pétrolière et gazière a déjà débuté côté russe et le géant Gazprom doit lancer la production sur sa plate-forme Prirazlomnaïa que des militants de Greenpeace ont tenté d'escalader en septembre.

Le président russe Vladimir Poutine a par ailleurs annoncé en septembre la réouverture d'une base dans la région pour surveiller le trafic maritime.

De leur côté, les Américains ont l'intention d'affirmer davantage leur présence dans l'Arctique, avait indiqué fin novembre le chef du Pentagone Chuck Hagel, disant toutefois vouloir éviter d'attiser les tensions.

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