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Thaïlande: la première ministre Shinawatra annonce la tenue d'élections

08/12/2013 09:38 EST | Actualisé 07/02/2014 05:12 EST

BANGKOK - La première ministre de la Thaïlande, Yingluck Shinawatra, a décrété la dissolution de la Chambre basse du Parlement et déclenché des élections dans une tentative pour apaiser la crise politique grandissante au pays.

L'annonce surprise de Mme Shinawatra, lundi matin, est survenue au moment où 100 000 manifestants ayant promis de renverser son gouvernement marchaient dans les rues de Bangkok, la capitale, dans une «confrontation finale».

Mme Shinawatra a paru émue et sa voix tremblait au moment de lire sa déclaration, télévisée à l'échelle nationale.

«Après avoir écouté les opinions émises de part et d'autre, j'ai décidé de demander un décret royal afin de dissoudre le Parlement, a annoncé Mme Shinawatra, dont la déclaration est venue interrompre la programmation régulière.

«Il y aura de nouvelles élections en vertu du système démocratique».

Mme Shinawatra a ajouté que la Commission électorale fixerait la date du scrutin «dès que possible».

Il n'était pas possible de déterminer, lundi, si la décision de la première ministre permettrait de calmer les tensions, qui ont augmenté dimanche après que les membres du principal parti d'opposition eurent remis leur démission de l'Assemblée législative en masse.

Suthep Thaugsuban, le meneur du mouvement de protestation, a maintes fois déclaré que le déclenchement d'élections ne serait pas suffisant pour mettre fin au conflit. Il n'a pas réagi après l'annonce de Mme Shinawatra.

La Thaïlande est en proie à l'instabilité politique depuis que le frère de Mme Shinawatra, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, a été renversé par un coup d'État militaire en 2006.

En gros, la crise oppose l'élite et la classe moyenne thaïlandaises contre la population pauvre rurale, qui constitue la base électorale de Thaksin qui bénéficiait de politiques populistes.

«Nous allons nous soulever. Nous allons marcher dans chaque rue du pays. Nous n'allons pas rentrer à la maison cette fois», a déclaré M. Thaugsuban, dont les supporters occupent le ministère des Finances et une partie d'un vaste complexe gouvernemental depuis plus d'une semaine.

«Ceux qui vont rentrer à la maison les mains vides seront ceux du régime Thaksin.»

Plusieurs craignaient que la journée de lundi se termine dans la violence alors que les manifestants devaient converger de neuf sites différents vers le bureau de Mme Shinawatra. Par mesure préventive, les autorités ont fermé plus de 60 écoles thaïlandaises et internationales.

Le soulèvement s'est amorcé le mois dernier et vise à chasser du pouvoir la première ministre, qui a remporté une victoire écrasante aux élections de 2011, un scrutin que les observateurs ont estimé libre et juste. Le Parti démocrate est dans l'opposition depuis 1992.

Malgré les appels au calme, une groupe d'hommes masqués a attaqué un poste de police en pleine noirceur, dimanche, a rapporté Piya Uthayo de la police.

La police n'a pas répliqué et les assaillants se sont retirés éventuellement. Il n'y a pas eu de blessés.

Au moins cinq personnes ont perdu la vie et 289 autres ont été blessées depuis le début du soulèvement. La vague de violence a été brusquement interrompue la semaine dernière alors que les deux camps ont pris une pause pour célébrer l'anniversaire du roi adoré de la Thaïlande, qui a eu 86 ans jeudi.

Le gouvernement de Yingluck Shinawatra a été décrété «illégitime» lorsqu'il a tenté de faire adopter par le Parlement une loi d'amnistie dont l'objectif, selon plusieurs critiques, était de permettre à Thaksin de revenir d'exil. Ce dernier vit à Dubaï afin d'échapper à une peine d'emprisonnement pour corruption. Il soutient que les accusations et la condamnation cachaient des motifs politiques.

Le chef du Parti démocrate, Abishit Vejjajiva, a affirmé que le gouvernement Yingluck était rendu «illégitime» et que la formation politique ne pouvait plus prendre part à l'Assemblée.

Les démocrates sont proches des contestataires anti-gouvernementaux, mais ils n'ont pas gagné d'élections depuis 1992, et certains de leurs leaders semblent avoir perdu foi en la politique électorale. Les protestataires demandent que le pays soit dirigé par un conseil de personnes non élues plutôt que par un gouvernement élu.

Dimanche, Mme Shinawatra avait répété qu'elle n'essayait pas de s'accrocher au pouvoir et qu'elle serait «heureuse» de démissionner et de dissoudre le Parlement si cela pouvait mettre un terme à la crise. Elle a cependant ajouté qu'elle ne pourrait poser ces gestes que si de nouvelles élections étaient organisées dans les 60 jours suivant son départ et que tous les partis s'engageaient à respecter les résultats du vote.

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