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Mandela, ce « terroriste » pour certains

08/12/2013 01:33 EST | Actualisé 06/02/2014 05:12 EST

Un texte de Bahador Zabihiyan

Nombreux sont ceux qui ont rendu hommage à Nelson Mandela depuis sa mort, mais le député conservateur albertain, Rob Anders, n'en fait pas partie : il a refusé de s'exprimer à son sujet. Il a plutôt indiqué qu'il approuve l'article d'un blogueur qui décrit Nelson Mandela comme ayant été un « terroriste », qui n'a « jamais tourné le dos à des monstres comme Arafat et Castro ».

Un texte de Bahador Zabihiyan

L'opposition de M. Anders à Nelson Mandela n'est pas nouvelle. Au cours de son troisième passage au Canada, en 2001, M. Mandela était devenu le deuxième étranger à se voir accorder la citoyenneté canadienne honoraire. M. Anders était alors le seul député à s'y être opposé.

Le député conservateur ne se trouvait pas dans la Chambre des communes lorsqu'un hommage a été rendu à M. Mandela, jeudi soir. Son bureau n'a pas répondu aux appels de CBC, mais M. Anders a réagi à la mort de M. Mandela par courriel.

« Si vous cherchez une perspective différente, vous seriez intéressé par la nécrologie que David Horowitz a écrite pour le Freedom Centre », a-t-il répondu par courriel à CBC. L'article du blogue décrit M. Mandela comme étant un « terroriste ».

« Nelson Mandela a commencé comme étant un terroriste et n'a jamais tourné le dos à des monstres comme Arafat et Castro, qu'il considérait comme étant ses frères d'armes », écrit le blogueur David Horowitz, sur le site de Freedom Centre.

« Quand il a été libéré de prison par De Klerk, il a fait preuve d'un sens politique inattendu, conseillant la réconciliation, plutôt que la vengeance », écrit M. Horowitz. Nelson Mandela avait créé et dirigé la branche militaire du Congrès national africain (ANC).

M. Horowitz explique, sur son site, que M. Mandela a laissé son pays dans un état déplorable. « L'Afrique du Sud d'aujourd'hui est la capitale mondiale du meurtre, une nation où une femme se fait violer toutes les trente secondes, souvent par un porteur du virus du sida, qui ne sera jamais puni, et où les Blancs sont tout sauf des citoyens d'un pays démocratique », peut-on lire dans l'article auquel réfère M. Anders.

Lorsqu'il lui a été demandé s'il était d'accord avec le contenu de l'article de M. Horowitz, le député de Calgary-Ouest a indiqué qu'il s'était déjà exprimé au sujet de M. Mandela, et qu'il souhaite « laisser l'histoire juger » le leader sud-africain. Il a aussi souhaité « la paix » au peuple sud-africain.

Fustigé par un collègue conservateur

L'opinion de M. Anders tranche avec celle de son parti. Le premier ministre, Stephen Harper, compte assister aux funérailles du leader africain. Il a signé un livre de condoléances pour M. Mandela, alors qu'il se trouvait à Ottawa.

En entrevue à CBC, le député de Calgary-Est, Deepak Obhrai, a fustigé son collègue conservateur. « M. Mandela a tout sacrifié, il était en prison alors qu'il aurait pu avoir une très bonne vie. Il était avocat », a dit M. Obhrai, qui est d'origine tanzanienne.

Il a conseillé à M. Anders de se renseigner sur l'histoire de l'Afrique du Sud et sur les souffrances des victimes de la répression lors de l'apartheid.

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L'ANC et la violence

M. Mandela ne faisait pas l'unanimité dans la communauté internationale. Des militants antiapartheid avaient notamment eu recours à la violence pour mettre fin au régime blanc.

Sous l'apartheid, l'ANC avait mené des actes de sabotage, et parfois même de terrorisme. Les militants antiapartheid ont aussi mené des exécutions sommaires de personnes qu'ils considéraient comme étant des collaborateurs du régime blanc.

Un des compagnons de la première heure de M. Mandela l'a d'ailleurs rappelé, lors d'une entrevue avec l'Agence France-Presse (AFP).

« Quand on parle du miracle sud-africain, beaucoup de gens confondent la conclusion et la lutte elle-même. Ce fut 30 ans de violences de l'apartheid contre lesquelles nous avons répondu. Ceux qui parlent de transition non violente se trompent d'analyse », a dit à l'AFP Tokyo Sexwale, un ancien chef de file de l'ANC.

« La lutte en Afrique du Sud ne s'est pas faite sans violence. Nelson Mandela était le commandant en chef de notre branche armée. Il était notre de Gaulle. La France n'aurait jamais été libérée sans De Gaulle et les partisans. Il y a eu beaucoup de sang versé », a-t-il rappelé.

Mandela, un « terroriste » pour les États-Unis jusqu'en 2008

Du temps de la guerre froide, les États-Unis considéraient l'ANC comme étant une organisation terroriste et le nom de M. Mandela avait été placé, à ce titre, sur une liste noire. Il aura fallu attendre 2008 pour que le président George W. Bush décide de retirer le nom du leader sud-africain de cette liste de personnes à surveiller.

M. Bush avait mis fin à ce qui semblait être une erreur dans les bases de données des services de l'immigration. En 2008, le nom de l'ANC avait déjà été retiré de la liste des organisations terroristes. Mais pour une raison inconnue, les noms de certains membres de l'ANC figuraient encore dans une liste des personnes à surveiller, établie par l'immigration américaine.

Durant l'apartheid, le président Ronald Reagan soupçonnait l'ANC de vouloir mettre fin à un régime prooccidental pour mettre en place un gouvernement communiste.

Ainsi, ils étaient plusieurs à décrire l'ANC comme étant une organisation « terroriste », lors des années de l'apartheid, à commencer par la première ministre britannique, Margaret Thatcher.

« L'ANC est une organisation terroriste typique, [...] quiconque pense qu'il va diriger le gouvernement en Afrique du Sud vit au pays des merveilles », avait dit Mme Thatcher au sujet de M. Mandela, en 1987.

Margaret Thatcher était opposée à l'apartheid par principe, mais ne voyait pas le parti de Nelson Mandela d'un bon œil. Les deux leaders se sont finalement rencontrés en 1990, peu de temps après la fin de l'apartheid. M. Mandela n'aura pas tenu rigueur de la position passée de Mme Thatcher.

Lors de l'apartheid, le député conservateur britannique, Teddy Taylor, était allé plus loin, indiquant que M. Mandela devrait « être abattu ».

Un éditorialiste du défunt journal britannique News of the World, Woodrow Wyatt, estimait à l'époque que M. Mandela voulait mettre en place « une dictature noire de style communiste ».

En France, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a rendu hommage à Nelson Mandela, cette semaine. Pourtant, son père et fondateur du parti d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, s'était déclaré indifférent à la libération imminente de M. Mandela, en 1990.

« Cela ne m'a ni ému ni ravi. J'ai toujours une espèce de méfiance envers les terroristes, quel que soit le niveau auquel ils se situent », avait dit M. Le Pen, rappelle l'AFP.

Avec l'Agence France-Presse et CBC

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