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L'opposition ukrainienne se braque après une rencontre secrète Poutine-Ianoukovitch

07/12/2013 03:32 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST

Moscou et Kiev ont démenti samedi les rumeurs de conclusion d'un accord russo-ukrainien sur le gaz et l'union douanière, au lendemain d'un entretien non annoncé entre les présidents russe Vladimir Poutine et ukrainien Viktor Ianoukovitch.

Mais l'opposition ukrainienne, qui prépare dimanche une nouvelle grande manifestation à Kiev, a profité du secret qui a entouré la réunion des deux présidents, qui s'est tenue dans la station touristique russe de Sotchi sur la mer Noire, et de la rumeur de conclusion d'un accord pour monter au créneau.

« Signer un accord de formation d'une nouvelle Union soviétique signifierait la désagrégation du pays », a déclaré à la presse Arseni Iatseniouk, un des trois chefs de l'opposition.

Ancien ministre de l'Économie rallié à l'opposition, Arseni Iatseniouk a accusé le président Ianoukovitch de vouloir entraîner l'Ukraine dans un accord régional d'union douanière sous la houlette russe lors d'une réunion prévue entre les gouvernements des deux pays le 17 décembre à Moscou.

La contestation gagnera de l'ampleur si une telle décision est prise, a dit l'ancien économiste, alors que les Ukrainiens n'ont toujours pas digéré le refus par leur président de conclure un accord de rapprochement avec l'Union européenne le 21 novembre dernier.

« Aucun accord définitif n'a été conclu », a déclaré le porte-parole de Vladimir Poutine, Dimitri Peskov, à propos de la rencontre de Sotchi où les deux hommes d'État ont parlé de « coopération dans le domaine de l'énergie ».

« Les discussions sur toutes ces questions se poursuivront au niveau des experts dans un proche avenir », a dit le porte-parole.

Dimitri Peskov répondait à des spéculations selon lesquelles Viktor Ianoukovitch aurait déjà accepté que l'Ukraine intègre l'union douanière créée en 2010 entre la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie. En échange, le prix du gaz russe acheté par l'Ukraine serait réduit de moitié et Kiev, en grande difficulté financière, recevrait une aide de Moscou.

Barricades

« Je rejette catégoriquement ces spéculations », a pour sa part déclaré le premier ministre ukrainien, Mikola Azarov, après un démenti des services de Viktor Ianoukovitch. Mikola Azarov a précisé que les discussions avaient porté sur la coopération dans l'industrie, l'aviation et l'énergie.

Selon des analystes, l'Ukraine doit trouver plus de 12 milliards d'euros en 2014 pour honorer ses dettes et ses factures de gaz, soit à peu près l'équivalent des réserves détenues par la Banque nationale d'Ukraine, la banque centrale.

Quelque 350 000 partisans du rapprochement avec l'Europe ont manifesté dimanche dernier à Kiev et les chefs de l'opposition, qui demandent la démission du gouvernement et la tenue d'élections anticipées, ont appelé à une nouvelle manifestation dimanche dans le centre de la capitale.

Des opposants se relaient en permanence sur la place Maïdan (Indépendance) et d'autres occupent l'hôtel de ville au mépris des mises en garde de la police, qui menace d'intervenir à tout moment avec la plus grande fermeté.

« Pourquoi a-t-il [Ianoukovitch] besoin d'un accord à Sotchi? Ce n'est pas dans l'intérêt de l'avenir du pays », a déclaré Arseni Iatseniouk à la foule rassemblée sur la place de l'Indépendance à Kiev. « Il ne s'intéresse qu'à son propre sort. Il a besoin d'argent pour la survie de son régime. »

Les manifestants ont décidé de s'installer durablement sur la place de l'Indépendance. Ils sont équipés de tentes et de vêtement chauds et disposent de nourriture.

Des hommes coiffés d'un casque de chantier contrôlent les entrées et sorties de la place grâce à des barricades constituées de contreplaqué, de bancs publics et de branches arrachées à un arbre de Noël artificiel géant, comme aux moments forts de la « révolution orange » de 2004-2005.

Les forces de l'ordre se sont déployées samedi matin devant le siège de la télévision publique dans la capitale, rapporte l'agence russe Interfax. Selon l'agence de presse, les manifestants ont l'intention de prendre le contrôle des trois chaînes de télévision à Kiev.

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