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4 questions pour comprendre la crise en Ukraine

07/12/2013 03:44 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST

L'Ukraine est secouée par une nouvelle crise politique. Des milliers de manifestants sont dans la rue à Kiev et d'autres grandes villes de ce pays tenaillé entre l'Occident et la Russie. Décryptage.

1. Pourquoi la crise?

Le 21 novembre dernier, le président Viktor Ianoukovitch annonce qu'il refuse de signer l'accord d'association avec l'Union européenne (UE), en préparation depuis trois ans, à la suite des pressions de la Russie. Des milliers de personnes descendent dans la rue pour protester contre la volte-face des autorités et demandent au président de tenir son engagement.

Le 30, les forces de l'ordre dispersent les manifestants, qui campaient sur la place de l'Indépendance, à coups de matraque et de gaz lacrymogène. Les affrontements font au moins 165 blessés, dont une cinquantaine de journalistes, des étudiants et des policiers.

Cette répression musclée galvanise les manifestants. Le 1er décembre, 350 000 personnes manifestent pour protester contre la répression policière. Des milliers de manifestants occupent la place de l'Indépendance, où ils ont érigé des barricades. Ils réclament la démission du président Ianoukovitch et des élections législatives anticipées.

2. Qui sont les manifestants du mouvement EuroMaïdan?

On trouve parmi eux beaucoup de jeunes, d'étudiants, de membres des classes moyennes et supérieures, des anciens de la révolution orange et des membres des partis d'opposition. Ce sont surtout des habitants des grandes villes et de l'ouest du pays, pro-occidental.

À l'opposé, les Ukrainiens de l'est du pays sont plus proches de la Russie, culturellement et linguistiquement. Ils craignent les représailles russes en cas de signature d'un accord avec l'UE. En effet, le président Poutine menace de suspendre les livraisons de gaz naturel vers l'Ukraine et de diminuer l'importation de produits ukrainiens. Les conséquences des sanctions russes se feraient sentir plus fortement dans l'est, où se trouvent les principales industries. Dans cette région, Viktor Ianoukovitch jouit d'un soutien important.

3. Est-ce une deuxième révolution orange?

Oui et non. En novembre 2004, les manifestants protestaient contre des élections truquées. Ils soutenaient que Viktor Ianoukovitch, le candidat pro-russe et dauphin du président sortant, Leonid Koutchma, avait remporté le deuxième tour des présidentielles par la fraude. Après deux semaines de mobilisation, ils ont réussi à obtenir l'annulation du scrutin et l'organisation d'une nouvelle élection, qui a donné la victoire au candidat pro-occidental, Viktor Iouchtchenko.

Mais, déjà, la fracture entre l'ouest et l'est du pays était évidente. L'ouest soutenait Viktor Iouchtchenko, l'est Viktor Ianoukovitch.

Les États-Unis et l'Union européenne appuyaient M. Iouchtchenko, alors que la Russie a mis tout son poids pour aider Viktor Ianoukovitch à remporter les élections. Le président russe, Vladimir Poutine, a fait deux voyages en Ukraine pour lui donner son appui.

Après ce deuxième scrutin, les luttes de pouvoir entre M. Iouchtchenko et sa première ministre, Ioulia Timochenko, l'égérie de la révolution orange, ont empêché le gouvernement de fonctionner et ont conduit à des crises politiques à répétition.

Lors des élections présidentielles de 2010, Viktor Iouchtchenko, le protégé de Moscou, a été battu à plate couture par Viktor Ianoukovitch. Par la suite, Mme Timochenko, arrivée deuxième au scrutin présidentiel, a été arrêtée et condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir. Pour l'UE, sa libération était un des préalables à tout accord avec l'Ukraine.

4. Quelles sont les réactions ?

Les États-Unis et les Européens ont réagi avec prudence face à la crise, tout en apportant leur soutien à l'opposition ukrainienne.

« Nous sommes avec le peuple ukrainien, qui voit son avenir dans l'Europe », a déclaré la secrétaire d'État adjointe américaine aux Affaires européennes et asiatiques, Victoria Nuland, au cours d'une réunion de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui se déroulait à Kiev.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, s'est montré en public à la place de l'Indépendance.

Pour sa part, le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a dénoncé « les menaces et pressions économiques » exercées par la Russie sur l'Ukraine, les qualifiant d'« inacceptables ».

La Russie, qui tente de ramener l'Ukraine dans son giron, a dénoncé l'ingérence occidentale dans sa zone d'influence régionale. Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a déclaré que l'Occident se comportait de manière hystérique.

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