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Scandale des dépenses: des sénateurs tentent de redorer leur image

06/12/2013 06:24 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST

OTTAWA - Quelques sénateurs conservateurs ont décidé de contre-attaquer, histoire de se défendre et de restaurer la réputation de leur institution malmenée après une année de rebondissements dans l'affaire du scandale des dépenses du Sénat.

Jean-Guy Dagenais est le deuxième sénateur, cette semaine, à se jeter dans la mêlée, défiant directement une députée néo-démocrate faisant la promotion de l'abolition de la Chambre haute dans un dépliant envoyé aux électeurs de sa circonscription.

Dans une lettre envoyée à tous les parlementaires, M. Dagenais décrit le dépliant de Charmaine Borg comme un «torchon» et laisse entendre qu'elle est une députée québécoise plaignarde, ignorante et impuissante qui a été élue sur un coup de chance, et dont les probabilités d'être réélue au prochain scrutin sont très minces.

Selon Nathan Cullen, leader du NPD en Chambre, le fait d'envoyer une lettre si «offensante» à une députée recrue âgée de 23 ans est «paternaliste, puérile, condescendante et franchement misogyne».

M. Cullen a aussi fait savoir qu'il demanderait la semaine prochaine au président de la Chambre des communes de condamner le sénateur.

«La lettre en question attaque la légitimité d'une députée du Parlement», a-t-il lancé en Chambre.

M. Dagenais a toutefois refusé de s'excuser, et a plutôt mis en garde les néo-démocrates contre d'autres attaques du même genre s'ils continuaient de s'en prendre au Sénat.

Il dit emboîter le pas au président du Sénat Noel Kinsella, qui a livré une déclaration sans précédent cette semaine, en s'en prenant au chef néo-démocrate Thomas Mulcair, qui l'a accusé d'avoir présenté des comptes de dépenses frauduleux.

M. Kinsella a tenu une conférence de presse extraordinaire au Sénat, lundi, durant laquelle il a entre autres offert une leçon d'histoire sur les mérites de disposer d'une deuxième chambre parlementaire.

«Quand ils vont attaquer le Sénat maintenant, qu’ils s’attendent à avoir des réactions de sénateurs», a déclaré M. Dagenais en entrevue.

«Et moi je vais faire partie de ceux-là... S’ils veulent des guerres de chambres, on va leur en faire une.»

Plus tôt cette semaine, M. Dagenais dit avoir parlé avec M. Kinsella.

«Vous savez M. Dagenais, il va falloir prendre en main notre destinée, puis défendre notre Sénat», lui a dit M. Kinsella.

«J'ai dit, 'M. le président, vous avez besoin de moi, dites-le moi, je vais faire ce que j'ai à faire.»

M. Cullen n'a pas paru impressionné par la menace, ajoutant que le NPD n'avait aucunement l'intention de cesser ses critiques du Sénat.

«S'ils veulent un combat portant sur la légitimité entre nous et les non-élus et sous enquête au Sénat, nous l'accueillons», a-t-il rétorqué.

M. Dagenais, qui réside dans la circonscription de Mme Borg, en banlieue de Montréal, a été outré par son dépliant, qui demande l'abolition du Sénat «coûteux et antidémocrate», où les amis du gouvernement reçoivent un «salaire pour la vie».

«Quel torchon!», lance-t-il dans sa lettre à Mme Borg, également acheminée à tous les députés et sénateurs.

M. Dagenais ajoute que Mme Borg «n'aurait probablement jamais été élue sans une spontanée sympathie des Québécois pour Jack Layton». Il fait allusion à la députée comme l'un «des poteaux désignés pour boucher les trous dans plusieurs circonscriptions de la province» lors du scrutin fédéral de 2011.

Il l'accuse aussi de «faire aveuglément le perroquet» du chef néo-démocrate Thomas Mulcair pour dénigrer le Sénat, et il lui suggère de se servir de la bibliothèque du Parlement pour s'informer au sujet de cette institution avant de la critiquer.

M. Dagenais, qui a été nommé au Sénat après avoir échoué dans sa tentative de se faire élire dans une autre circonscription du Québec en 2011, écrit avoir été maintes fois sollicité par des citoyens et des organismes de la circonscription de Mme Borg pour intervenir dans des dossiers auprès du gouvernement.

«Lorsque je leur proposais d'aller voir d'abord leur député, ils m'ont tous répondu que vous étiez inutiles et impuissants pour faire avancer les choses», ajoute M. Dagenais dans son courriel.

«La vie parlementaire, Mme Borg, ce n'est pas juste le chialâge dans lequel vous êtes passés maîtres, et dont se délectent les médias», conclut-il.

Plus tôt cette semaine, M. Kinsella a mis de côté son rôle habituel d'arbitre neutre du Sénat pour accuser M. Mulcair de lancer une «attaque personnelle sans fondement» contre la sénatrice libérale Pierrette Ringuette et lui-même.

Le chef néo-démocrate a en effet accusé les deux sénateurs d'avoir «joué les mêmes tours que Mike Duffy» — l'un des quatre sénateurs tombés en disgrâce faisant l'objet d'une enquête de la Gendarmerie royale du Canada pour avoir supposément fraudé le Sénat.

M. Kinsella a critiqué le chef néo-démocrate, qui «vit gratuitement dans une jolie maison dans le quartier chic de Rockcliffe Park» pour s'en être pris aux parlementaires qui exigent des remboursements de frais pour le maintien d'une résidence secondaire dans la capitale nationale.

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