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Mort de Nelson Mandela: l'Afrique du Sud en deuil mais aussi en questionnement

06/12/2013 02:47 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST

JOHANNESBOURG, Afrique du Sud - Comment se profile l'avenir de l'Afrique du Sud?

Cette question s'impose dans ce pays au lourd héritage social qui, sous l'impulsion de Nelson Mandela, a su inspirer le monde en misant sur la réconciliation nationale, et qui se retrouve de nouveau sous les feux des projecteurs au moment où cette figure emblématique s'est éteinte.

Le contexte actuel est propice non seulement au deuil et à la reconnaissance de l'héritage du défunt mais aussi à une évaluation lucide des forces et des faiblesses d'un État dont l'avenir se dessine sans un personnage-clé ayant su à la fois guider et réconforter les siens.

Kyle Redford, qui faisait partie des nombreux Sud-Africains ayant choisi de se rassembler à proximité de la demeure du disparu, a déclaré qu'il s'agissait sans l'ombre d'un doute «d'un nouveau départ».

Il a précisé que la perte du premier président noir du pays, qui était affectueusement appelé «Madiba» en référence au nom qu'il avait reçu au sein de son clan, «forcerait la population à s'unir une fois de plus».

M. Redford a lancé que la mort de la légende laisse plusieurs questions en suspens. À son avis, le peuple devra déterminer «quelle sera la prochaine étape», «quelle sera la voie à emprunter», «qu'est-ce qui devra être accompli», et surtout «comment y arriver» sans Nelson Mandela.

La conviction sans faille du défunt a inspiré plusieurs de ses compatriotes mais elle a été tempérée, au fil du temps, par le fait que sa vision d'une nation arc-en-ciel n'ait pu pleinement se réaliser.

L'Afrique du Sud d'aujourd'hui connaît certes des élections pacifiques et des relations raciales relativement harmonieuses, mais elle est, en même temps, rongée par la criminalité, la corruption et les inégalités économiques.

Nelson Mandela a continué d'être un symbole puissant dans la période pleine d'espoir ayant suivi la fin de l'apartheid, même quand il a quitté la présidence, qu'il s'est retiré de la vie publique et qu'il a dû effectuer plusieurs séjours à l'hôpital.

Il est devenu une référence morale si étroitement liée à l'identité nationale que certains Sud-Africains nerveux se demandent si leur pays ne risque pas de sombrer dans le chaos maintenant que leur phare ne les éclairera plus.

L'archevêque à la retraite Desmond Tutu s'est voulu rassurant. Il a rappelé, vendredi, que «le soleil allait se lever demain et le surlendemain et la journée suivante» en dépit de cette perte considérable. Cette figure religieuse de premier plan qui, à l'instar de Nelson Mandela, a remporté le prix Nobel de la paix, a ajouté que l'astre «pourrait sembler moins brillant qu'auparavant mais que la vie continuerait quand même».

Au moment où il a annoncé la mort du héros national jeudi, le président Jacob Zuma a, pour sa part, lancé un vibrant appel à son peuple. Il l'a invité «à vivre comme Madiba a vécu, à lutter comme Madiba a lutté, et à ne pas s'arrêter tant et aussi longtemps que sa vision d'une Afrique du Sud unie, d'une Afrique pacifique et prospère et d'un monde meilleur ne se sera pas pleinement réalisée».

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