DIVERTISSEMENT

Publication d'un livre sur Hélène Pedneault: la sublime indignée

06/12/2013 09:53 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST
Courtoisie

« Cette enfant avait l'énergie de la Manic et le dos large comme un pays à faire. Elle le porta en criant Eau Secours, en écrivant des livres chauds comme des volcans et tranquilles comme des lacs. » Tels sont les mots qui apparaissent sur la pierre tombale d'Hélène Pedneault et dans le livre qui lui est consacré, cinq ans après qu'elle ait été emportée par un cancer, le 1er décembre 2008.

Écrivaine, féministe, indépendantiste, environnementaliste, parolière, journaliste, agente d'artiste et metteure en scène, cette petite fille de Jonquière a passé sa vie entre deux pôles: le milieu ouvrier et celui des intellectuels, l'émerveillement et l'indignation, la femme de tête et de cœur.

Afin de rendre hommage à toutes les facettes de cette femme qui a marqué le Québec, Sylvie Dupont vient de publier « Qui est Hélène Pedneault? Fragments d'une femme entière ».

Entrevues, récits, chansons, dialogues, lettres, allocutions, témoignages, fictions, poèmes, photos et dessins racontent son histoire, selon le point de vue de 68 témoins, dont Pol Pelletier, Marie-France Bazzo, Laure Waridel, Dany Laferrière, Lise Payette, Brigitte Poupart, Jean-Martin Aussant, Léa Clermont-Dion, Nathalie Collard, Josée Boileau, Marie-Claire, Richard Séguin, Clémence Desrochers et tant d'autres.

Selon l'initiatrice du projet, l'union de toutes ces voix était nécessaire afin de bien cerner la femme. « Hélène n'aimait pas parler d'elle-même et de sa vie intime, explique son amie et ex-collègue. Mais en relisant son œuvre, j'ai réalisé qu'elle avait tout dit. Même si elle ne s'identifiait pas comme lesbienne, elle a beaucoup écrit sur ses amours avec des femmes. Lorsque je préparais le livre, j'ai voulu aller au-delà de l'indignée chronique et de la femme très politisée qu'on connaissait. J'ai demandé aux gens de me raconter la facette d'elle à laquelle ils avaient eu accès. »

Reconnue comme une femme rassembleuse, dont la seule évocation suffisait à convaincre pour embarquer dans un mouvement, Hélène Pedneault n'a pourtant pas toujours été de nature extravertie. « En discutant avec ses amis d'enfance, j'ai découvert une nouvelle partie d'elle. Hélène était une enfant très timide, solitaire et sauvage. C'est quelque chose de surprenant quand on connait la femme très forte et toujours prête à prendre la parole.»

Lors du lancement, le 1er décembre dernier, la rédactrice en chef du Devoir, Josée Boileau, a d'ailleurs exprimé son envie de voir davantage d'hommes et de femmes comme Hélène avec une parole forte qui amène à bouger, à l'image des Michel Chartrand, Pierre Bourgault et Pierre Falardeau.

Dans le livre, un article de Lise Payette laisse d'ailleurs entendre qu'Hélène Pedneault était une féministe presque sans nuance, mais qui ne jugeaient jamais ceux et celles qui prenaient des chemins différents. « Hélène détestait la division, affirme Sylvie Dupont. Ses positions étaient fortes, mais elle était très ouverte aux gens qui ne pensaient pas comme elle. C'est une qualité infiniment précieuse et rare. Elle encourageait souvent les femmes à prendre parole, même si elles avaient une opinion différente. »

Femme au langage unique, à la fois soigné et coloré, précis et aéré, poétique et politique (dixit Marie-France Bazzo), Hélène Pedneault était l'une des rares femmes d'opinion de son époque. « Elle ne s'excusait pas après ses montées de lait, comme les femmes le font souvent. Elle avait une maîtrise de la langue exceptionnelle et un sens de la répartie formidable. »

Visiblement inspirée par Hélène Pedneault, Mme Dupont souhaitait faire un survol de la société et de l'histoire du Québec, à travers le parcours de son amie. « On connait souvent moins bien l'histoire récente et les événements qui se sont produits juste avant nous. Mais les sujets qu'Hélène défendait sont encore tellement présents: Eau Secours, le féminisme, la justice sociale et la souveraineté. Elle était engagée sur plusieurs plans, mais pour elle, tout allait ensemble. Elle avait une vision du monde qui lui était propre. »

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