NOUVELLES

Centrafrique: au moins 300 morts depuis jeudi

06/12/2013 07:02 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST
AFP

"Merci, merci merci!": des milliers de personnes ont accueilli triomphalement l'armée française sur son passage entre la frontière camerounaise de Garoua Boulai et la ville de Bouar, point névralgique de l'ouest de la Centrafrique, secouée par des violences et massacres de populations depuis plusieurs jours.

Cris, danses, chants, concerts de casseroles ou de klaxons de mobylettes, et même quelque pleurs de joie: à Bouar des centaines d'habitants célèbrent l'arrivée de la colonne française de l'opération Sangaris, composée de plusieurs véhicules blindés. Femmes et enfants agitent des branches et rameaux, les jettent sur les véhicules, font semblant de balayer le sol en signe de respect. Une femme brandit son nouveau-né, fait mine de l'offrir aux soldats français qui saluent la foule, tout en conservant une certaine réserve et une attitude de combat.

"Entrez comme chez vous", lance un homme. Soldats centrafricaine, gendarmes et policiers se mettent au garde à vous.

"Libérateurs, libérateurs", scandent d'autres, le poing levé au passage du convoi dans les rues d'abord goudronnées puis en terre de Bouar, ancienne ville d'une base militaire française, dont la plupart des immeubles officiels sont délabrés.

"Sauvez-nous. Nous avons tant souffert", affirme Cédric 15 ans. La population à majorité chrétienne espère que l'arrivée des Français va faire cesser les exactions dont elle accuse les ex-rebelles de la Séléka. "Depuis qu'ils ont pris le pouvoir (en mars), nous souffrons. Il y a des morts, ils nous tuent. Tout le monde connaît quelqu'un qui a été tué. On ne peut pas circuler. On a peur", affirme Serge Dilamo, maçon. "Avec Séléka, on ne peut rien faire. On a faim". Il assure que dans cette région il n'y a pas de milices anti-balaka (machettes), ces groupes qui ont mené des expéditions punitives contre les musulmans, en réaction des violences de la Séléka, à majorité musulmane.

Le long des routes entre la frontière, de Cantonnier à Bouar, les scènes se répètent. Chancela Bawa, 15 ans, marche un sac sur la tête: "Je suis contente. Vous êtes venus déshabiller les Séléka. Notre pays sera meilleur avec vous. Les Séléka, ils tapent les gens, ils les prennent, les tuent. On ne peut plus manger, on ne peut plus dormir".

L'accueil des populations musulmanes mitigé

De nombreux enfants vêtus de haillons montrent des signes de malnutrition avec des ventres ballonnés mais il est impossible de savoir si ces carences sont dues à la misère de cette région de semi-brousse, une des plus pauvres du monde, ou à une conséquence de la crise que vit le pays.

L'accueil des populations musulmanes de la région est toutefois plus mitigé. Si beaucoup saluent l'armée française et certains mêmes applaudissent, l'attitude est parfois beaucoup plus réservée. Polie mais pas enthousiaste. Comme si les massacres des uns et des autres avaient creusé le fossé: à Bouar, dans le quartier commerçant musulman, les musulmans étaient en retrait alors qu'à Baboua, située sur la route de Bouar, de nombreux musulmans restent assis, ignorant le convoi.

A Bouar, les hommes de la Séléka ont laissé le passage aux Français. Impassibles, qui un RPG (lance-roquette) en bandoulière qui une Kalachnikov, ils ont regardé passer le convoi français sans intervenir, mais sans se cacher non plus.

La colonne française n'avait pas vocation à stationner sur place et, passé cette explosion de joie, la situation dans Bouar risque de demeurer tendue ces prochains jours.