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Centrafrique: 280 morts à Bangui, des milliers de civils réfugiés à l'aéroport

06/12/2013 11:20 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST

BANGUI, République centrafricaine - La radio nationale centrafricaine a annoncé vendredi que le bilan des violences des deux derniers jours à Bangui, la capitale, était maintenant d'au moins 280 morts.

Des milices chrétiennes ont attaqué la capitale de la République centrafricaine à l'aube jeudi, tuant des dizaines de personnes et plongeant la ville dans des combats chaotiques.

Des soldats et de l'équipement militaire français affluaient vendredi en République centrafricaine pour éviter que le pays ne plonge dans l'anarchie la plus totale.

Des corps en décomposition étaient étendus au bord des routes de la capitale, devenue trop dangereuse pour que les proches puissent sortir pour les récupérer.

Citant des responsables de la Croix-Rouge, la radio nationale a déclaré que le bilan avait dépassé les 280 morts.

Des civils chrétiens, qui craignent les attaques de représailles des combattants principalement musulmans qui contrôlent le pays, ont afflué par milliers vendredi à l'aéroport de Bangui, gardé par les forces françaises. Pendant ce temps, les combattants musulmans allaient de porte en porte à la recherche de leurs ennemis.

Les civils se sont rapprochés le plus possible de la piste d'atterrissage, s'installant devant une clôture de fils barbelés alors que la nuit tombait.

Quand plusieurs hélicoptères militaires ont atterri à l'aéroport, les civils ont chanté de joie en tapant sur des seaux en plastique et en agitant des bouts de tissu dans les airs. Dans un pays où il n'y a ni armée ni police dignes de ce nom, les troupes françaises représentent le principal espoir d'apaisement après la flambée de violence de jeudi.

Un témoin, Appolinaire Donoboy, a déclaré à l'Associated Press qu'il avait vu cinq corps abandonnés en se rendant à l'aéroport.

«Ils nous massacrent comment des poules», a dit M. Donoboy, un chrétien dont la famille s'est cachée quand les combattants musulmans se sont mis à fouiller les maisons de la ville.

La France a renforcé sa présence militaire dans son ancienne colonie en déployant des véhicules blindés pour patrouiller les rues. Un avion de combat français a fait plusieurs survols de la capitale, vrombissant dans le ciel d'une ville presque sans vie, alors que les civils restaient barricadés chez eux.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté jeudi une résolution autorisant la France à déployer des troupes en République centrafricaine afin de rétablir la sécurité et de protéger les civils.

Le gouvernement français a insisté sur le fait qu'il déployait des forces militaires avec une certaine réticence et que ses objectifs étaient limités à doubler sa présence militaire en Centrafrique pour la porter à 1200 soldats.

En entrevue sur les ondes de Radio France internationale, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré qu'il fallait «s'assurer que les vandales, les bandits et les miliciens sachent qu'ils ne peuvent utiliser les rues de Bangui comme des champs de bataille».

Un certain scepticisme demeure quant à la capacité de la France d'endiguer la violence en Centrafrique.

Aline Leboeuf, spécialiste en matière de sécurité et de développement à l'Institut français des relations internationales, estime que son gouvernement doit se demander à la fois «s'il peut intervenir de la bonne façon et à quel moment il sera approprié de quitter les lieux».

Depuis 2011, la France a envoyé des missions dans quatre pays africains: la Côte d'Ivoire, la Libye, le Mali et maintenant, la République centrafricaine.

Cette présence répétée de l'ancienne puissance coloniale a fait réagir le président de la Guinée, Alpha Condé. Il a déclaré que même si les Africains «sont reconnaissants à l'égard de la France, [ils savent] que ce n'est pas correct de voir que, 50 ans après les déclarations d'indépendance, elle doit toujours s'amener sur leur continent pour les sauver».

Aux yeux de M. Condé, c'est «une humiliation pour l'Afrique» de ne pas être en mesure de gérer ses propres problèmes.

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a réitéré que son gouvernement souhaitait assister à la mise en place d'une force d'intervention africaine robuste.

Il a ajouté que ce n'était pas le rôle de la France d'intervenir chaque fois que les choses tournent au vinaigre en Afrique.

Aline Leboeuf a pour sa part prédit que d'ici dix ans, la France n'aura plus les moyens de se lancer dans de pareilles missions à l'étranger.

Cette experte a expliqué que «la France ne détient tout simplement pas suffisamment d'avions pour assurer le transport de ses propres troupes», soulignant que le pays avait dû compter sur du soutien extérieur pour pouvoir assurer son déploiement au Mali, plus tôt cette année.

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