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Une rencontre de l'OSCE s'ouvre à Kiev sur fond de manifestations

05/12/2013 09:14 EST | Actualisé 04/02/2014 05:12 EST

KIEV, Ukraine - Le principal organisme européen de défense des droits de la personne a indiqué jeudi que le gouvernement de l'Ukraine et les leaders de l'opposition ont accepté la création d'un groupe d'experts pour faire la lumière sur les violences dont ont été victimes les manifestants au cours de la dernière semaine.

Le porte-parole du Conseil de l'Europe, Daniel Holtgen, a expliqué à l'Associated Press que le groupe consultatif sera composé de trois membres: un nommé par le gouvernement, un nommé par l'opposition et un expert en droits de la personne choisi par la communauté internationale.

L'intervention musclée des policiers samedi et dimanche a décuplé la colère des manifestants face au gouvernement du président Viktor Ianoukovitch.

Des manifestations gigantesques déferlent sur le pays depuis que le gouvernement a annoncé qu'il suspendait son rapprochement avec l'Union européenne pour plutôt resserrer ses liens avec la Russie.

Des milliers de manifestants occupent systématiquement la place de l'Indépendance, au coeur de Kiev, et bloquent l'accès à des édifices gouvernementaux ou à des ministères.

L'annonce du Conseil de l'Europe survient au moment où un tribunal ordonnait aux manifestants de quitter le centre administratif de la ville d'ici à lundi. Le chef de la police a prévenu qu'ils pourraient être évincés par la force s'ils n'obéissent pas.

«Nous essayons de ne pas avoir recours à la force. Mais si on contrevient à la loi, alors nous répondrons de manière dure et décisive», a dit Valery Mazan, selon l'agence Interfax.

Aucun candidat n'a encore été proposé pour le groupe consultatif et on ne sait pas à quel moment il débutera ses travaux. Mais «la transparence et l’acceptation de cette enquête seront la première étape vers la restauration de la confiance en Ukraine», a dit par voie de communiqué le président du Conseil, Thorbjorn Jagland.

Des diplomates occidentaux ont demandé jeudi aux dirigeants ukrainiens de respecter les manifestants, qui ont notamment assiégé l'édifice dans lequel se tenait une rencontre de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Cette rencontre avait été planifiée bien avant le début des manifestations.

La secrétaire d'État adjointe des États-Unis, Victoria Nuland, a mis les leaders ukrainiens au défi de réagir aux manifestations de manière constructive.

«Le moment est venu pour l'Ukraine de répondre aux aspirations de son peuple ou de les décevoir, a-t-elle déclaré. Les normes démocratiques et la primauté du droit doivent être respectées.»

Pour sa part, le ministre britannique pour l'Europe, David Liddington, a demandé aux responsables de respecter le droit des citoyens à se rassembler pacifiquement.

«Les yeux de la planète sont tournés vers l'Ukraine aujourd'hui», a-t-il prévenu.

Le premier ministre Mikola Azarov a tenté de présenter ces événements sous un jour positif, en déclarant que de telles manifestations sont entièrement normales dans un pays où la démocratie n'en est encore qu'à ses premiers pas.

«Nous ferons tout en notre pouvoir pour assurer que ça soit une manifestation pacifique», a dit M. Azarov.

Le président Viktor Ianoukovitch est actuellement en déplacement en Chine. Le gouvernement ukrainien ne donne aucun signe de fléchissement en son absence. La police a promis de ne pas avoir recours à la force, ce qui ne l'a pas empêchée d'arrêter et de questionner des dizaines de manifestants.

M. Azarov a aussi menacé de couper le financement fédéral dont profitent certaines villes de l'ouest du pays et qui se sont déclarées favorables à l'Union européenne.

Les manifestations ont éclaté quand le gouvernement Ianoukovitch a cédé aux pressions de la Russie et suspendu la signature d'une vaste entente commerciale et politique avec l'Union européenne.

Le premier ministre Azarov a sermonné les manifestants qui ont occupé ou bloqué l'accès aux édifices gouvernementaux, estimant qu'ils contredisent les valeurs qu'ils prétendent défendre.

«Ce n'est pas la façon européenne d'aller de l'avant», a-t-il dit au sujet des occupations. Il a ensuite ajouté que l'Ukraine demeure déterminée à se rapprocher de l'UE et que la décision du président Ianoukovitch est simplement une pause.

«Cette pause est clairement, uniquement due à des problèmes économiques», a lancé M. Azarov.

L'Ukraine se dit incapable d'absorber les pertes économiques qu'elles subirait avec la Russie si elle devait signer une entente avec l'Union européenne.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, assiste lui aussi à la conférence de l'OSCE, mais il n'a pas mentionné la crise ukrainienne. Le président Vladimir Poutine est toutefois déterminé à ramener l'ancienne république soviétique dans le giron de Moscou.

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